Traversée Rochefort - Jorasses. J2

Publié le 24 Août 2016

Traversée Rochefort - Jorasses. J2

L'aube point. La température reste élevée (2°C au petit matin à 4020 m) : très bien pour ne pas avoir froid au réveil et suffisant pour opérer un certain regel. La cordée d'Italiens attaque en premier, suivie par le guide français et son client, tous fort sympathiques. L'Italien nous dit qu'il a un topo décrivant de passer par le second dièdre. Nous sommes dubitatifs. Les Français suivent. Thibaut reste persuadé qu'il faut suivre notre topo mais je le convaincs de nous rallier à la majorité. Finalement, les Français font demi-tour : trop dur. Nous-aussi. Retour à la case bivouac. 7h40. Quelques minutes de perdues mais ce n'est pas très grave.

Nous gravissons le dièdre en 4c de la Marguerite ; la suite sera un beau parcours d'arêtes facile mais demandant l'habitude d'évoluer en terrain montagne à corde tendue.

Descente du sommet de la pointe Marguerite, premier 4000 (4065 m) du jour

Descente du sommet de la pointe Marguerite, premier 4000 (4065 m) du jour

Remontée à la pointe Hélène, second 4000 (4045 m)

Remontée à la pointe Hélène, second 4000 (4045 m)

La pointe Croz (4110 m)

La pointe Croz (4110 m)

De mon côté, la forme est revenue. Thibault reste imperturbable. On avance vite, désormais devant nos deux cordées. Au niveau de la pointe Croz, il faut remettre les crampons. Je prends le temps de bien les ajuster sur mes baskets d'approche, laissant passer les Français. La course (du moins la montée) n'est plus qu'une formalité. Pointe Whymper, puis Walker. Ce mythe des Grandes Jorasses est enfin là devant nous. Au final, cette traversée aura été beaucoup plus rapide que prévue. Seulement 5h30 cumulées de Canzio à la Walker et encore, avec probablement trente minutes de perdues avec la cordée d'Italiens qui, peut-être impressionnée par le difficile passage franchi lors de leur variante improvisée du matin, a tiré plusieurs longueurs de la Marguerite à la brèche Hélène - Croz. Pour une cordée acclimatée et qui a l'habitude de gérer ce terrain montagne à corde tendue, 6/7h pour la traversée Rochefort et 6h pour celle des Jorasses me paraît (donc) être un horaire abordable, sans compter les pauses bien sûr.

Pointe Whymper (4185 m) depuis la Walker (4208 m) ; la cordée italienne arrive

Pointe Whymper (4185 m) depuis la Walker (4208 m) ; la cordée italienne arrive

La cordée française attaque la descente de la Walker

La cordée française attaque la descente de la Walker

Contents ! Mais il va falloir rester concentrés pour cette descente réputée compliquée

Contents ! Mais il va falloir rester concentrés pour cette descente réputée compliquée

10h40. Nous attaquons la descente par l'éperon sud des rochers de la pointe Walker. Ce n'est pas difficile mais il faut rester concentré. Personellement, je suis bien à l'aise là-dedans et j'aurais même préféré être décordé. Mais on ne va pas mettre et remettre la corde à chaque fois que besoin. En revanche, je ne brille pas sur la neige lors de quelques passages en glace affleurante. Thib' marche droit en piolet canne ; moi je suis à quatre pattes. L'an prochain, je me rachète une paire de vraies chaussures de montagne. Fort heureusement, ces passages sont très courts cette année et la descente en est presque débonnaire. On traverse en trottinant sous les séracs pas vraiment menaçants cette année (mais sait-on jamais...) pour rejoindre le bas des rochers Whymper où quatre rappels sont équipés. Nous perdons du temps avec une cordée ayant fait l'aller-retour par la voie normale et qui rame vraiment pour poser les cordes et descendre. Ils coincent le troisième rappel. Nous le leur décoinçons. Mais nous coinçons aussi à notre tour (saloperie d'écaille mal placée). Personne en amont. Il faut remonter, décoincer, redescendre. Thibault s'exécute vite et bien.

Avant de traverser sous le sérac

Avant de traverser sous le sérac

Les rochers Whymper avec la cordée pas très rapide en aval

Les rochers Whymper avec la cordée pas très rapide en aval

Une traversée neigeuse amène aux rochers du Reposoir où nous pouvons dépasser la cordée et descendre vite. Enfin, tout est relatif. Nous nous faisons doubler par un Italien qui "court". Il a fait lui-aussi la traversée des Jorasses,... en solo !!! Ces rochers sont faciles. Dans le bas, ça se redresse. On pourrait désescalader mais cinq rappels tous neufs ont été installés. On ne va pas s'en priver. Il fait chaud. On est mort de soif. La fatigue commence à se faire sentir. Corde !

Sur les rochers du Reposoir

Sur les rochers du Reposoir

Il ne reste plus qu'à contourner les crevasses, bien présentes mais finalement encore bien bouchées pour la date et se laisser glisser jusqu'à Boccalate. Pour compléter les informations horaires, il nous aura fallu trois heures pour atteindre Boccalate dont une bonne demie-heure probable de perdue avec la cordée devant nous et la corde à décoincer. Certes, ces aléas sont à prendre en compte pour garder de la marge en cas de météo douteuse mais personnellement, je ne m'engage pas dans une telle course si le second jour est annoncé comme possiblement orageux en toute fin de journée. Je préfère me donner une marge en cas de bivouac imprévu. Bon pour le coup, la marge était énorme...

Grosse pause au refuge et sympathique discussion avec le gardien. Une cordée française en termine aussi après être partie de Canzio (nous avions discuté avec eux la veille).

Thib' devant une grosse crevasse. On sent la quille et la détente

Thib' devant une grosse crevasse. On sent la quille et la détente

Les séracs du glacier de Planpincieux

Les séracs du glacier de Planpincieux

Les discussions vont bon train et nous nous attendons tous les quatre à une descente cool en taillant une bavette ("Je vais y aller cool" avais-je annoncé ; "Ca me va, j'ai mal au genou" m'avait-on répondu). Très rapidement, avec la chaleur et la soif malgré le remplissage des bouteilles au torrent (rapidement vidées), l'envie d'en terminer prend le dessus. En une heure, les 1300 m jusqu'à Planpincieux sont avalés en courant. Les Français nous paient Coca et bus en "échange" d'un retour motorisé sur Chamonix (ils étaient partis de l'aiguille du Midi avec une première traversée vers Torino). Les quatre-vingt-dix minutes d'attente au tunnel nous poussent à empiler glaces et bières puis pizzas à Courmayeur avant de renter plus tard dans la soirée.

Une bonne adresse : la pizzeria du tunnel à Courmayeur. Dément ! Merci Lolo (Dupré) pour le tuyau et pour tout le reste, comme d'hab'.

Une très grande course, pas très difficile mais très engagée et très montagne. Une des plus belles que j'ai pu faire avec le pilier du Frêney, la traversée des aiguilles du Diable, la traversée de la Meije ou la Pierre-Allain. Merci Thibault, compagnon sans faille !

Rédigé par lta38

Publié dans #escalade-alpi

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