Le Blond (et la Compagnie créole)

Publié le 17 Novembre 2012

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Qu'y a-t-il de commun entre Patrick Edlinger et le groupe musical francophone des années 80 ? Une seule chose en ce 17 novembre : ils m'ont tous les deux accompagné durant cette magnifique escalade à Presles. "Bal masqué" est une voie majeure qui se déroule sur un des plus hauts piliers de la falaise, sur dix longueurs de haut dont une partie avec un gaz ébouriffant. "Bal masqué" était une chanson du groupe et je l'ai eue toute la journée dans la tête. "Au bas, au bal masqué ohé ohé..." bien que n'étant pas particulièrement fan. Quelle rengaine. Plus triste et beaucoup moins anecdotique est le décès de Patrick, figure emblématique de ce que le profane appelle le grimpeur "à mains nues", entendez par là le solo intégral.

Patrick et son pote... Patrick (Bérhault) en avaient fait des vertes et des pas mûres dans leurs jeunes années. On retiendra notamment cet aller-retour à la journée depuis Ailefroide en hiver en passant par le sommet de l'Ailefroide occidentale mais surtout en s'y rendant par la voie des "plaques de glace" (ED). Patrick (Edlinger) avait aussi fait un aller-retour solo au pilier sud de Barre Noire, course TD des Ecrins. La liste serait bien trop longue pour qualifier tous les exploits de ce passionné du Verdon que l'on croisait souvent à la Palud. Le grand public l'avait découvert dans deux films qui, ironie du sort, ont prévu d'être projetés ce jeudi au festival du film de montagne de Grenoble : "la vie au bout des doigts" et "opéra vertical". Petit clin d'oeil encore, le toit de la Béda (Buoux 6b/c) réalisé par Patrick en solo intégral dans ce film fut la première voie de cette difficulté dans laquelle j'ai pu faire tous les mouvements. Ce devait être en 1998 ou 99. A l'époque je grimpais un peu... avant de ne faire presque que du ski... puis de presque "découvrir" l'escalade en 2011.

Pour en revenir à Patrick, c'était un grimpeur hors norme, très pédago aussi via son ouvrage "Grimper". Coté performance pure, il n'y a pas lieu ici de citer ses performances mais on se rappellera de la polémique suite au torchage des "spécialistes", premier 8c du monde annoncé par JB Tribout et décôté par Patrick à 8b+, de l'enchaînement de Azincourt (8c Buoux) ou encore du solo intégral de "orange mécanique" (8a) au Cimaï. Je crois que tout grimpeur de ma génération (et plus encore) a aujourd'hui une part de tristesse suite à cette terrible nouvelle. On aura pensé toute la journée au Blond en grimpant avec Cyril.

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Quelques mots sur la voie maintenant. L1, avec ses points éloignés, ne fait pas rire. La cotation initiale est à remontée à 6b.

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L2 n'est pas la plus dure sur le papier mais elle l'est sur le terrain. 6c ultra technique avec certains points espacés. Avec deux ou trois goujons de plus pour combler les "trous", on serait déjà beaucoup mieux. Bon 6b obligatoire ici. Ni l'un ni l'autre n'enchaînons. C'est dire !

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L3, pourtant annoncée 7a(+) est nettement plus humaine. Sans doute l'équipement rapproché qui change tout. En tête, je ne suis pas loin de passer mais n'ose pas tirer sur le mono-doigt. Je sens que je manque encore un peu de force et ai peur de me faire mal. Il ne manquait quand même pas grand chose. Derrière, Cyril trouve un bon placement de pied que je n'avais pas vu et ça passe. L4 est un 6c bloc pas dément. En revanche, la suite au-dessus de la vire est somptueuse. L5 majeurissime sur gouttes d'eau après un départ 7b (A0 pour votre serviteur) bien bourrin.

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L6 est un bien beau 6c pas trop soutenu qui passe bien. Notez quand même un point assez loin dans le haut.

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L7 : 7a+ dément. De + en + dur au fur et à mesure que l'on grimpe. Suis arrivé jusqu'à la chasse d'eau à vue et même jusqu'au point suivant et même ai pu poser la paire puis il a fallu se rendre à l'évidence : c'est quand même bien physique !

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L8 : 6b+ avec un départ mange doigts sur gouttes d'eau puis une fin en fissure large pas si facile. Très beau. L9 : 6c Ca sent la quille et c'est une fissure-dièdre malcommode. C'est là-dedans où je suis le plus mauvais. Enfin L10 amène sur le plateau avec un pas de 6b+ bloc puis une fin plus facile (6a) avec un passage engagé entre deux points (un friend possible souhaitable).

Une voie majeure où j'ai finalement moins souffert que prévu. Le métier commence à rentrer même si on est encore loin de tout faire à vue une voie de ce niveau (ED). Une fois au sommet, on file faire un coucou à Manu en train de tirer au clou dans la dernière longueur de Cancer (je rigole).

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Rédigé par lta38

Publié dans #escalade-alpi

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Mick 20/11/2012 09:52


Salut Lio,


oui même si on est d'une génération qui a été moins marqué par les exploits hors norme des 2 Partrick, c'était tout de même ce samedi le principal sujet de discussion avec Val. Après nos séjours
d'automne dans le Verdon, ça laisse forcément un goût un peu amer surtout que j'ai l'impression (mais j'espère que je me trompe) que sa fin de vie n'a pas été que du bonheur...


Pour finir sur une note plus joyeuse et puisque tu parles de regaine (ça m'arrive aussi très souvent en grimpant :), je citerai Raymond Devos : "
Une rengaine, c'est un air qui commence par vous entrer par une oreille et qui finit par vous sortir par les yeux"


Sinon, super souvenir aussi ce Bal masqué ! C'est une voie que j'aurais presque envie de refaire un de ces moments !


A+


Mick.

lta38 21/11/2012 20:34



@ Sam : on pourrait citer aussi cette compet (Edlinge en faisait peu) remportée à la barbe de JB Tribout qui l'avait provoqué suite à la décote des "Spécialistes". J'attends en tous cas la biblio
avec impatience.


@ Mick :  sacré Devos. J'espère qu'il fait bien rire Patrick là-haut. Au rythme où tu grimpes, tu risques rapidement d'être obligé de refaire des voies majeures à Presles en tous cas, plutôt
que de finir par les bouses laissées de côté (ceci étant, les bouses sont rares là-bas).



sam 19/11/2012 19:17


Un bel hommage au blond. Cette triste nouvelle en a surpris beaucoup. Nous sommes effectivement nombreux de cette génération de quadras qui avons commencé à grimper à la fin des années 80 après
les mythiques films de la "vie au bout des doigts" et "opéra vertical". Mais il y a aussi eu "Arrow Head" suite à sa tournée américaine de 1985. J'ai eu la chance de le croiser une fois à la
Palud. Il buvait tranquillement une bière au bistrot après une bonne journée de grimpe. Mois qui me disait qu'étant à la Réunion je ratterai son passage au Summum cette semaine pour le 30ème
anniversaire de "la vie au bout des doigts". Sans sa présence, la soirée qui lui est consacrée sera sans doute pleine d'émotions. J'ai vu sur le site des éditions Guérin que sa biographie qui
était prévu pour mai 2013 sera publiée dés le mois de janvier, écrite à 4 mains avec Jean-Michel Asselin. Un livre qui va avoir sans doute du succès, malheureusement il n'en profitera pas! Bravo
à toi pour le Toit de la Beda. J'avoue n'avoir fait que la première longueur du pilier des fourmis en 1993, un dièdre en 6a+ mais pas ce fameux toit en 6b+.


 


 

lta38 03/12/2012 18:50



A l'époque, j'avais fait les mouv' mais pas enchaîné le toit de la Béda. Faudrait que j'y retourne aujourd'hui. J'aimerais bien aller plus souvent à Buoux mais quand je vais dans le sud, je me
tourne surtout vers les Calanques.



Emmanuel 19/11/2012 10:41


Bel hommage à Patrick, effectivement nous sommes nombreux à être bien tristes. Même si je suis nul en escalade, ces deux films sont mythiques et montrent un engagement hors pair accompagné d'une
philosophie de vie hors de toute mise en avant. 


Bravo pour l'hommage et pour la belle voie !


On se croise au Summum cette semaine ?

lta38 19/11/2012 13:31



J'y serai ce soir et sûrement jeudi. Au plaisir de s'y croiser.