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Directissime sublimissime

La météo est mitigée pour notre programme d'escalade. Certes, plus d'orages à l'horizon mais un vent toujours présent en altitude, voire légèrement forcissant. N'ayant pas été vraiment gênant la veille, on reste sur le programme prévu avec deux jours à la Cougourde. On a envie d'aller bivouaquer au lac des Sagnes. Ce n'est pas forcément "gagnant" au regard du refuge car les sacs seront plus lourds pour gagner une petite vingtaine de minutes mais on a envie de bivouac. L'idée est de faire une voie pas trop longue le premier jour (par exemple "Niagara" qui se descend en rappel après six longueurs) puis la directissime le lendemain.

Après dépose de matériel, on arrive au pied de la face vers dix heures. Le vent forcit et devient même gênant. Il n'est plus question de descendre en rappels dans une voie. En plus, il n'y a aucun autre grimpeur dans le coin et personne au courant de notre sortie. Pas de réseau téléphonique dans la face. Ca sent le but. A moins de faire une voie qui sorte au sommet.

C'est ainsi que nous attaquons la directissime avec une belle ambiance. A deux ou trois reprises, je dois m'arrêter de grimper pour éviter d'être déstabilisé par une rafale. Il faut dire que si les difficultés sont modestes, l'engagement est bien présent : les relais et seulement trois à quatre points par longueur d'en moyenne quarante mètres. Les friends aident mais comme c'est relativement facile, les grandes envolées au-dessus des points sont légion. Grisant.

J'ai adoré cette voie. C'est à ce jour, la plus belle voie que j'ai faite dans ce niveau : quatre-cents mètres de paroi dans le 4 supérieur avec une longueur clé en 5b/c et quasi pas une prise qui bouge. Un rocher exceptionnel. C'est absolument majeur. Là, on ne grimpe pas pour la cotation mais pour la beauté de la ligne. Chapeau aux ouvreurs. Les superlatifs me manquent.

Bon, du coup, ça va vite. En guère plus de deux heures, on sort sur l'éperon final au soleil où nous attendent quatre longueurs moins soutenues dans le 4. La descente de la cime III n'est pas triviale mais cette fois, le topo c2c est à jour (à quand un topo papier moderne Mercantour ?). De la désescalade et deux rappels plus loin nous ramènent au pied de la face est, avant de passer au pied de la paroi jaune faite avec François il y a quelques années.

Superbe bivouac pour clôturer la journée mais le lendemain, aucune envie de subir à nouveau le vent qui semble même forcir. Au final, on ne regrimpera pas et on profite de la matinée en faisant un détour par le très fréquenté lac de Trécolpas.

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