nivo-meteo

Publié le 9 Février 2026

... se sont écoulées depuis l'accident au Sciallet. Trois semaines durant lesquelles je ne cesse de mesurer la chance que j'ai eu au regard des circonstances. Je marche aujourd'hui normalement et les douleurs sont en passe de devenir des gênes. Je peux randonner à pied et doit pouvoir ressayer à skis.

Trois semaines durant lesquelles les accidents se sont accumulés. En un mois glissant, le nombre de décès par avalanche en France correspond à la moyenne sur un hiver complet. Météo France parle d'une situation assez exceptionnelle de couche fragile persistante (CFP). Je les cite :
Normalement, ces CFP sont surtout présentes en secteurs de ski de montagne, et nettement moins dans les pentes facilement accessibles depuis les domaines skiables (notamment dans les massifs très fréquentés, car les couches sont régulièrement tassées/stabilisées par les passages répétés de skieurs).
Cet hiver, l’interminable Anticyclone de Décembre, associé à une moindre fréquentation (neige croûtée peu agréable à skier) a permis la formation durable de cette CFP.
Avec le retour des perturbations ces prochains temps, on peut s’attendre à :


- des instabilités de surface dans les futures couches de neige nouvelle (plaques friables, plaques à vent…)

- des plaques dures, épaisses et larges cédant sur cette Couche Fragile Persistante, au passage de skieur. Hypothèse très probable : la surcharge occasionnée par les futures précipitations va réactiver cette CFP enfouie → initiation de rupture facile, propagation très efficace.
- des départs d’avalanches en cascade, 1) pouvant déclencher 2) → gros volumes possibles !!!

⚠️Cette Situation Avalancheuse Typique de Couche Fragile Persistante n’est associée à aucun indice observable de surface, donc difficilement décelable et évaluable.

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Rédigé par lta38

Publié dans #nivo-météo

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Publié le 27 Janvier 2026

Trente secondes, c'est le temps qu'il faut pour grimper cinq mètres de dénivelé à skis. Ce n'est même pas suffisant pour faire défiler le générique d'un film. C'est pourtant le temps qu'il m'a fallu pour descendre la face nord-ouest de la pointe du Sciallet et passer de l'ombre à la lumière...

Le ski est un sport dangereux. Qu'il soit sur piste pour les chutes et les percussions ou hors des pistes pour, entre autres, le danger d'avalanches. Un danger qu'il ne faut pas sous-estimer quand bien même il ne fait qu'une vingtaine de morts en moyenne par an en France. Mais l'automobile, l'addiction au tabac ou à la mal-bouffe, le vélo, les travaux domestiques... le sont aussi. Ne serait-ce pas tout simplement la vie qui est dangereuse ?

Le plaisir du ski est multiple mais il en est un peut-être au-dessus de tous les autres : skier dans de la neige poudreuse, imprimer sa trace éphémère dans le blanc. Qui dit poudreuse dit enfoncement. Qui dit enfoncement dit forcément pente (sans être forcément raide). Skier de la neige poudreuse ; plus généralement de la neige meuble implique de skier des neiges instables dans des pentes où potentiellement, une avalanche peut se déclencher. C'est le "jeu". Un jeu accepté par les pratiquants.

Il existe cependant de nombreux outils pour réduire ce risque. Sans toutefois jamais le supprimer. A chaque sortie, nous faisons des choix en fonction de ces critères. Je confesse qu'à mes débuts, je prenais bien plus de risques que le randonneur moyen. C'était il y a trente ans. L'excès d'enthousiasme de la jeunesse. En cinq ans, cinq plaques déclenchées dont une qui aurait pu être fatale à mon ami Serge enfoui sous un mètre soixante de neige et sorti totalement indemne. Je n'étais toutefois pas totalement dépourvu de connaissances ; sur les cinq déclenchements, deux l'avaient été volontairement, en préventive, à l'ancienne quoi, depuis un point supposé à l'abri. Et les trois autres faisaient suite à des doutes sur le terrain. Excès d'enthousiasme ou obstination...

Durant les vingt-cinq années qui ont suivi (environ 1500 sorties), il n'y eu que trois déclenchements dont deux "gérés" en amont. Et davantage de demi-tours. Mais surtout des choix de sorties plus réfléchis. L'accident de Serge m'avait conduit à anticiper davantage dans le choix de la sortie, persuadé qu'une fois sur le terrain, c'est plus compliqué. L'avalanche est en effet invisible : on ne sait pas où, si et quand elle peut se déclencher. Le risque zéro n'existe pas. Qu'il soit de 3, de 4 ou même de 5, il existe toujours des itinéraires a priori pas ou très peu dangereux. On pourrait s'y cantonner tout le temps mais ils ne sont pas légion, et ne sont pas l'essence de l'activité.

J'ai pris l'habitude de me laisser une journée d'observation après une chute de neige significative. Quel que soit le risque annoncé. Lors de certains risque 4, rien ne bouge. On n'observe pas de départ spontané et les compte-rendus sur la toile sont rassurants. Sur d'autres risque 3, les incidents, accidents et observation se multiplient. La situation s'avère malsaine. La réalité ne colle pas toujours au chiffre. En revanche, j'étais un peu moins regardant plusieurs jours après une chute de neige suivie d'un redoux. Nous sommes le 19 janvier, la dernière chute de neige remonte à neuf jours et derrière, il y a eu deux jours de grand redoux et de beau temps...

Je suis venu deux fois dans le même vallon dans la semaine : cinq jours avant et la veille. La neige est rassurante jusque vers 2000 mètres : une poudreuse tassée avec faible enfoncement. Pas de signe de coulées. Le couloir du Scia-moi est tracé par deux skieurs. Tous ces points positifs m'invitent à venir visiter le couloir central, dit du Scia-tic, entre le Scia-moi et le col de la Scia que j'ai déjà réalisés. Nico est partant pour m'accompagner. Depuis trois jours, Météo-France annonce que le risque 3 maintenu au-dessus de 2100 mètres pour cause de vent de sud qui souffle devrait tomber à 2 le surlendemain. Ce matin, le risque reste pourtant à 3, signe que le vent a sans doute créé des pièges. Un signal que j'ignore en choisissant cet itinéraire, devant les critères d'observation personnelle.

En remontant dans les traces de la veille, nous constatons que le vent censé tomber dans la nuit a redoublé de violence au point de pénétrer dans cette combe plein nord. Les traces sont bien recouvertes et certaines zones sont cartonnées. L'ensemble reste rassurant et nous remontons le cône d'accès au couloir. Je suis venu sept ou huit fois dans le secteur, à chaque fois à vue par le haut avec une petite corde pour tester la stabilité. Pourquoi faire différemment aujourd'hui ? Justement parce que l'itinéraire est un peu tortueux et qu'on a envie de voir l'état de la neige de ce qu'on doit descendre.

La pente se raidit et dépasse les quarante degrés. Il est temps de mettre les crampons. Je m'attèle à la trace. L'ensemble est rassurant. Me voici proche du sommet. Nico est une quinzaine de mètres derrière moi. La sortie se présente comme un entonnoir qui s'élargit puis se couche sur une croupe un peu vaste. Préférant sortir à droite au plus raide contre un rocher je tombe sur une neige cartonnée en surface dans laquelle je n'avance pas. Plus à gauche, c'est excellent et je débouche sur cette calotte où l'inclinaison tombe d'un coup. Je n'aime pas cette configuration. Mais le choix, le bon, aurait dû être fait à la maison. Le bulletin dit BRA (ou BERA), les signes des jours passés dans de nombreux massifs, doivent nous inciter à attendre une meilleure configuration pour se lancer dans ces pentes. Une fois sur place, il devient compliqué de prendre les bonnes décisions. Je suis dans une pente à 45 degrés et dix mètres plus haut, c'est presque "plat" et donc confortable. Je pose le pied sur une neige de type grain fin à grande cohésion. Immédiatement, je sais que c'est "plaqué". Si j'avais eu quelques secondes de plus, qu'aurais-je fait ? J'appuie sur le pied pour me stabiliser, je suis encore dans l'ombre de la face nord. Quelques pas me permettraient de m'affaler au soleil...

Tout le dôme craque en faisant un petit bruit sourd. Tels des dominos en cascade, des fragments de neige se mettent à glisser presque instantanément dans ma direction. Je n'ai pas l'impression que la surface de fracture est énorme. Je pense encore pouvoir y résister. J'ancre mes deux piolets jusqu'à la garde mais je suis éjecté. J'y crois encore. Je m'agrippe à tout ce que je peux. Je freine avec mes pieds. En vain...

"Putain merde !". C'est ce qu'entend Nico vers midi ce lundi au-dessus de Prabert, temple mondial du ski de randonnée. Deux mots salvateurs qui lui font lever la tête. Un pas sur la gauche et la coulée le frôle sans l'emporter. Il devient spectateur impuissant de cette dégringolade bruyante qui saute toutes les barres et se termine dans le cône sous le col de la Scia. Nico n'a pas quitté l'avalanche de ses yeux. Il ne m'a pas vu. Il espère encore que je suis debout sur le dôme au-dessus. Il appelle. Une fois, deux fois. C'est l'évidence. Il faut désormais appeler les secours sans attendre. Après avoir déclenché l'alerte en donnant précisément le lieu et les circonstances, il enlève ses crampons et prépare sa descente.

Je ne suis plus dans l'ombre de la face mais dans l'ombre de l'avalanche. Tout s'accélère. Je n'ai aucune peur. L'adrénaline sans doute. Je lutte. Je freine. Après deux petits sauts de barre sans ressentir le moindre mal, je crois même pouvoir ralentir mais ça repart. Toujours dedans. Et puis, la barre inférieure. Quinze ? Vingt ? mètres. Probablement. Peut-être deux ou trois secondes en l'air. Je sais que je vais y arriver. Ce que je crois être le scellement sera en fait le salut. La barre disperse l'avalanche. Plus lourd, je tombe plus rapidement, fait un trou dans la neige et la coulée termine sa route cent mètres plus bas. Je sors de l'ombre et entrevoit la lumière. Les jambes coffrées, le dos en compote mais tous les membres bougent et je suis dehors. Dans une position très inconfortable, je ne perds pas de temps. J'extrais le sac, monte la pelle et dégage mes jambes. Je m'assois dans la neige. Je m'en veux de ne pas avoir pris les bonnes décisions. Je commence à m'inquiéter de l'état de la machine tout en sachant qu'il n'y a, a priori, rien de vital de touché. Je sors le téléphone et préviens les secours.

J'apprends que Nico les a déjà prévenus. Je comprends donc qu'il a été épargné. Double miracle. Voire plus. Pas une seule percussion de rocher. Si ça se trouve, mon mal de dos provient du choc final avec l'appareil photo rangé dans un bonnet à l'intérieur du sac à dos. Pas d'ensevelissement non plus grâce à la barre. Si nous avions été dans un couloir "classique", je serais probablement resté dessous car je n'ai pas d'Airbag. C'est d'ailleurs une question à se poser pour la suite. Et compte tenu du délai d'intervention de Nico qui était trois-cents mètres plus haut, dans une face à quarante-cinq degrés, encore en crampons...

La suite est connue. Dragon38 prend en charge le blessé, rapidement transporté au CHU pour un scan complet des parties vitales. Je m'en sors avec trois côtes cassées, un pneumothorax léger (résorbé à ce jour), une micro-gelure à la main gauche (j'ai perdu mes gants dans la dégringolade) et un ligament interne du genou un peu distendu. Rien quoi ! Et la perte de tout mon matériel ce qui m'importe peu à ce stade.

C'est la première fois que je suis emporté par une avalanche. J'espère la dernière. De l'arrivée de l'hélico à ma radio de contrôle du thorax, je mesure la qualité de la chaîne de santé. J'ai essayé à chaque fois de remercier tous les intervenants, de A à Z. Certes, ils font leur métier et préfèrent soigner un vivant que de ramasser un mort ou de s'occuper d'un tétraplégique. Mais ils le font avec passion et brio. Et avec des moyens de moins en moins favorables. Celles et ceux qui disent ne pas plaindre les skieurs débiles qui vont faire du ski en-dehors des pistes ou qui réclament le paiement des frais de soins et de secours feraient mieux de se taire et/ou de militer pour un système qui investit davantage dans la santé des siens plutôt que dans l'enrichissement de ceux qui ont déjà beaucoup. Nous avons la chance d'être pris en charge quelle que soit notre erreur : sur les skis, sur la route ou par notre (mauvaise) hygiène de vie de tous les jours. Il faut que cela perdure, tout en multipliant en parallèle les campagnes de formation et de sensibilisation.

Il est clair que sur la neige, il y aura pour moi un "après 19 janvier 2026". Que les choix en amont seront encore plus restrictifs afin de réduire le risque pour essayer de passer de quatre plaques en vingt-cinq ans à zéro pour le prochain quart de siècle à venir. Il y a déjà une part de chance mais l'augmenter, c'est encore mieux. Durant la même période d'instabilité, d'autres ont eu moins de chance. Mais beaucoup d'autres, dans les mêmes configurations, n'ont pas eu d'alerte. Il n'en demeure pas moins qu'en choisissant un itinéraire, nous ne partons pas tous avec la même probabilité de chance. Plus que jamais, le choix de la course, avant même de partir de la maison, me paraît bien plus déterminant que l'analyse sur le terrain.

Je ne m'étendrai pas ici sur des considérations plus personnelles mais je ne peux terminer sans avoir une pensée pour Nico qui, malgré le stress, réussit à me rejoindre sans encombre au bas de la face après avoir fait les choses dans le bon ordre. Quelques minutes plus tard, il se "sacrifie" en me donnant sa doudoune et en encaissant de plein fouet l'ouragan blanc crée par les pâles du Dragon. Tout en me rassurant sur mon état. Son soutien demeure indéfectible et je n'en ai jamais douté.

Montée en haut du cône

Montée en haut du cône

Lieu du secours. Tel un tir de PIDA, on voit bien le point de chute.

Lieu du secours. Tel un tir de PIDA, on voit bien le point de chute.

La dégringolade
La dégringolade

La dégringolade

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Rédigé par lta38

Publié dans #Belledonne, #ski-glisse, #nivo-météo

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Publié le 25 Juin 2025

Il est rare que je sorte d'un cadre considéré comme correct sur ce blog, alors, une fois n'est pas coutume car la coupe est pleine, je m'adresse à tous les imbéciles, souvent trahis par leurs compétences haut de gamme en orthographe, qui affirment que les canicules à répétition sont normales car c'est l'été ou qu'encore c'était déjà le cas auparavant. Voici quelques chiffres qui ne mentent pas, pris d'une station météo normée (Lyon Bron) sur cent (moins cinq) ans car le problème n'est pas la canicule en soi mais bien leur multiplication et le niveau de celles-ci.

année température maximale moyenne du mois de juin (°C) moyenne par décennie
2025 30 28,3
2024 25,6  
2023 28,9  
2022 29,7  
2021 27,3  
2020 25,3 26,35
2019 27,9  
2018 26,8  
2017 28,8  
2016 24,7  
2015 27,6  
2014 27,7  
2013 24,1  
2012 25,7  
2011 24,9  
2010 24,6 26,47
2009 25,8  
2008 24,4  
2007 25  
2006 27,6  
2005 27,6  
2004 26,3  
2003 32,2  
2002 26,9  
2001 24,3  
2000 26,2 24,04
1999 24,1  
1998 24,7  
1997 23,4  
1996 25,1  
1995 23  
1994 24,3  
1993 24,5  
1992 21,9  
1991 23,2  
1990 22,9 23,41
1989 24,4  
1988 23,2  
1987 21  
1986 23,5  
1985 22,4  
1984 22,9  
1983 25,2  
1982 25,6  
1981 23  
1980 21,7 23,06
1979 23,6  
1978 22,8  
1977 21,3  
1976 28,8  
1975 22,2  
1974 22,8  
1973 23,8  
1972 21,7  
1971 21,9  
1970 24,6 23,16
1969 20,4  
1968 22,7  
1967 22,4  
1966 24  
1965 23,5  
1964 24,6  
1963 22,3  
1962 22,8  
1961 24,3  
1960 25 23,75
1959 24,7  
1958 22,6  
1957 23,5  
1956 20,7  
1955 23,8  
1954 24,8  
1953 22,3  
1952 26,6  
1951 23,5  
1950 27,5 24,74
1949 24,3  
1948 22,6  
1947 26,3  
1946 22,7  
1945 28,2  
1944 23,4  
1943 23,6  
1942 25,3  
1941 23,5  
1940 22,9 23,89
1939 23,8  
1938 24,2  
1937 23,9  
1936 23  
1935 26,5  
1934 25,1  
1933 21,3  
1932 22  
1931 26,2  

 

Le résultat est sans appel sur presque 100 ans. Relativement stable sur 70 ans (<2000) puis emballement très significatif. A noter un calcul hypothétique (très proche de la réalité, sans doute à 0,1 près) pour juin 2025 (il reste quelques jours), compte tenu des prévisions, de même que la dernière moyenne effectuée sur les cinq dernières années. A suivre, sans trop de surprises malheureusement.

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Rédigé par lta38

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Publié le 17 Juin 2024

En 1942, deux personnages issus du grand monde de l'alpinisme deviennent des acteurs de premier ordre dans la résistance à l'occupation nazie en région grenobloise. Pierre Dalloz, depuis son repère de Sassenage et Alain le Ray en tant que chez des FFI (Forces Françaises de l'Intérieur), organisent des actions considérées comme terroristes par l'ennemi et causent de nombreuses pertes, notamment lors d'embuscades dans le Vercors.

De tout temps, l'homme a résisté pour deux grandes raisons. Repousser la mort qui demeure inévitable et donne tout son sens à la vie et, en parallèle, faire que la vie qui du coup n'est que provisoire, soit la moins difficile ou la plus agréable possible. Chacun résiste à son échelle, à ses problèmes. Parfois, la solution réside non pas dans la recherche d'un retour en arrière mais dans une adaptation.

La nature s'organise elle-aussi ; elle tente de s'adapter au rapide changement climatique. Il a déjà fait bien plus chaud sur terre mais, sans cataclysme brutal, pas aussi rapidement qu'aujourd'hui. La planète s'en remettra. Mais pour nous, cela va passer par des adaptations plus ou moins difficiles.

Depuis les années 80, le réchauffement est perceptible, notamment avec le recul constant des glaciers. Les années "répit" sont rares : en trente ans, les années favorables à la temporisation se comptent sur à peine plus que les doigts de la main :  1994, 1995, 1997, 2001, puis 2013, 2014 et 2021 pour le massif des Ecrins par exemple. Sans entrer dans des détails (je ne suis pas spécialiste de la question) précis, il faut s'intéresser à ce qui se passe en altitude, disons, au-dessus de 2500 mètres.

Les glaciers offrent une réserve d'eau permanente. Dès l'automne, normalement, ils s'enneigent et le restent jusqu'au début de l'été. La neige de l'hiver fond peu à peu à partir du printemps et à un moment, le glacier est "à nu", c'est-à-dire que la neige (ou la glace) de surface, n'est plus celle de l'hiver précédent. A partir de là, il est "attaqué". La partie basse davantage évidemment. Son lent mais certain écoulement vers l'aval a pour conséquence un équilibre lorsque les températures sont stationnaires d'une année à l'autre, ce qui n'arrive évidemment jamais, d'où des fluctuations plus ou moins importantes.

Au-dessus de 2500 mètres, la fonte se fait sur la période estivale. Pour faire court, à partir de début juillet. Ce sont donc les mois de juillet et d'août qui sont les plus critiques même si septembre peut aggraver la chose comme l'année dernière. Deux mois. Cela paraît peu mais c'est énorme. C'est pourquoi je trouve intéressant de s'intéresser à la date à laquelle le sol enneigé de l'hiver passe au sec. Nous disposons pour cela de plusieurs outils dont les balises Nivôse Météo-France.

Près de chez moi, la balise de l'Aigleton est sur une des stations les mieux enneigées de France à cette altitude (2250 m). Je note précieusement chaque année la date à laquelle elle passe à zéro, de même que pour celle de Bonnepierre, Sept-cents mètres plus haut dans le massif des Ecrins. Le tableau ci-dessous indique la date de la fonte totale de la neige au niveau de la balise, puis la date moyenne, l'écart-type et le classement.

Résistance

On y observe quelques divergences selon les saisons étant donnée la différence d'altitude (cette année est excellente en haute montagne et très mauvaise en moyenne par exemple). Avec un écart-type de 13 jours, l'Aigleton nous apprend que deux semaines d'avance annoncent une catastrophe. Cette année, avec deux semaines de retard (la date mentionnée est supposée puisque la neige n'a pas encore totalement fondue - 3e rang probable sur 20 ans, pas mal du tout), on a donc gagné près d'un mois sur les mauvaises années (2022, 2020, 2017, 2011...) ce qui est une excellente nouvelle.

Pour les glaciers, la balise de Bonnepierre accuse encore 280 cm au sol. Sur trente ans, il y a près d'une dizaine d'années durant lesquelles à la date actuelle, elle était déjà pas loin d'être proche de zéro. Le cru d'altitude s'annonce donc encore meilleur. Il est difficile de faire des projections mais il apparaît impossible qu'à la date (moyenne sur trente ans) du 11 juillet, il n'y ait plus de neige à Bonnepierre (ce qui correspondrait à une fonte moyenne de 13 cm par jour), d'autant qu'on n'annonce pas de températures caniculaires pour les deux semaines à venir.

Avec un scénario pessimiste d'une perte de 10 cm par jour, cela tiendrait jusqu'au alentours du 20 juillet, plaçant 2024 dans les dix meilleures années. Et avec -7 cm/jour, on tiendrait jusqu'au mois d'août. Maintenant, tout est possible, y compris une nouvelle canicule historique à partir de début juillet. Mais en tous cas, à l'heure actuelle, sans être exceptionnelle, l'année 2024 marque pour l'instant une petite résistance contre la courbe entamée ces dernières années.

Lac Blanc de Freydane (Belledonne) ce 16 juin avec Emie et Stella. Neige omniprésente à partir de 2200 mètres d'altitude. Des conditions que nous voyons habituellement fin mai ou début juin. A noter quand même qu'en 2013, on observait le même enneigement autour du 10 juillet...

Lac Blanc de Freydane (Belledonne) ce 16 juin avec Emie et Stella. Neige omniprésente à partir de 2200 mètres d'altitude. Des conditions que nous voyons habituellement fin mai ou début juin. A noter quand même qu'en 2013, on observait le même enneigement autour du 10 juillet...

Cette neige bien présente en montagne repousse quelques uns de nos projets verticaux mais ne nous plaignons pas. En attendant, avec Hervé et Gérald, nous sommes allés ajouter trois longueurs (50 ; 30 et 45 m) à la suite de "la folie des grandeurs" dans les aiguilles de l'Argentière (tête des Cos). Pour trouver la suite, du sommet de la "folie", traverser à gauche sur la vire à bouquetins (comme pour prendre la voie de descente à pied), horizontalement sur 20 mètres pour trouver une plaquette à cordelette orange. La suite commence ici par une grande longueur facile complètement en traversée à gauche afin de rejoindre la vire supérieure sous un ressaut d'une petite centaine de mètres en excellent gneiss. On sort dans les banquettes supérieures totalement enneigées actuellement. Descente possible en deux rappels puis marche ou par la droite sur un système de vires (une plaquette avec maillon pour un petit rappel éventuel).

Compte tenu de l'actualité et de la résistance qu'il va falloir mettre en place dans d'autres domaines, nous nous sommes amusés, bien que ce soit tout sauf marrant, à nommer cette petite voie "ça va barder là". Bonne grimpe !

Résistance
Résistance
Résistance
Le tracé en attendant mieux. La voie est équipée de 29 goujons de 10 inox Petzl. Merci à mon entreprise préférée de soutenir l'équipement et le rééquipement en Belledonne. Coinceurs inutiles.

Le tracé en attendant mieux. La voie est équipée de 29 goujons de 10 inox Petzl. Merci à mon entreprise préférée de soutenir l'équipement et le rééquipement en Belledonne. Coinceurs inutiles.

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Rédigé par lta38

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Publié le 7 Juin 2024

Nous voici entrés dans l'été météorologique ; c'est le moment de faire le bilan de cet hiver 2024 plutôt atypique. Sans entrer dans les détails, voici les grandes lignes de cet hiver.

- Un enneigement minimal en moyenne montagne. Moins pire que l'année précédente durant laquelle je n'avais pas du tout skié en Chartreuse mais des redoux plus nombreux ayant eu raison dès fin janvier de la neige tombée en basse montagne durant le mois.

- Une pluviométrie excédentaire : déjà + 6% sur la moyenne de la saison glissante et il manque encore trois mois...

- Un printemps remarquablement frais et humide. Ce qui n'est pas sans rappeler 2013 et 2001. En 2001 et 2013, l'excédent était tel qu'on skiait encore à 1800 m à la fin juin dans les Ecrins et en Belledonne. Cependant, en altitude (disons, à partir de 2200-2500 m selon les massifs), 2024 se hisse parmi les meilleures années (probablement dans le top 5) de ces trente dernières années.

En fouillant dans les archives, on note les hauteurs de neige suivantes au 7 juin :
- Aigleton 2240 m (Belledonne) : 2013 = 250 cm ; 2024 = 120 cm (pas de relevé pour 2001)
- Bonnepierre 2970 m (Ecrins) : 2001 = 380 cm ; 2013 = 2024 = 340 cm

Sur un autre critère, cette même balise de Bonnepierre n'est passée à zéro que trois fois durant les trente dernières années : 2001 (19 août) ; 2013 (7 août) ; 1994 (5 août)

Il en ressort bien que 2024 est un excellent cru pour la neige en haute montagne (au-dessus de 2300 m) ; un hiver normal entre 1800 et 2000 m et déficitaire en-dessous. Atypique on vous dit.

A noter une autre évolution entre 2001 et 2024. A l'époque (2000-2006), avec un niveau de ski plus limité, du matériel plus lourd et moins performant et des informations beaucoup plus parcellaires, nous skiions prudemment les couloirs mythiques des années 70-80 (Infernet, Sabre, Bérarde...) et passions pour des illuminés malgré nos virages sautés parfois peu esthétiques. Et quand nous en faisions deux dans la journée c'était un petit exploit. Aujourd'hui, quand elles sont en conditions, des dizaines de skieurs les dévalent à coup de grandes courbes. Et là où nos yeux ne se posaient même pas (Ailefroides...), et c'est pas faute de les avoir eu grands ouverts et d'avoir réalisé des topos, ça skie aujourd'hui de manière fort élégante.

Dix ans plus tard soit à la fin de la première décade des années 2010, nous considérions les enchaînements à la journée des regrettés Nicolas Wirsching et Stéphane Brosse (plusieurs fois 3 à 4 couloirs en 5.1-5.3 pour 4000 de dénivelé) comme les plus belles réalisations. C'était l'avenir du ski de pente.

Aujourd'hui, nous en sommes totalement convaincus avec le mois de mai remarquable du duo Jean-Védrines, totalisant parfois jusqu'à 6000 mètres de dénivelé dont plus de la moitié de pentes raides. L'apothéose sur la Meije :
- Agneaux par les 5 faces (Davin 4.3/Est 5.2/Sud 4.3/Directe 5.2/Calotte 5.1) (au mois de février)
- Epéna nord à vue (première répétition 5.4-5.5)
- Trilogie du Diable (pic Maître 5.4/Diable 5.4/Ange 5.4)
- Pic Sans Nom nord (5.5) + Ailefroide centrale (5.4-5.5)
- Ailefroide orientale nord (5.5)
- Ailefroide voie des Plaques (5.5)
- 4 faces à la Meije (Z 5.4/Gravelotte 5.4-5.5/Corridors 5.3-5.4/Orientale nord 5.3)
Sans compter que le jeune guide l'Ubaye Nicolas Jean a aussi "sévi" dans sa vallée tout au long de l'hiver, parfois en compagnie du très discret Julien Savy : au moins une douzaine d'ouvertures dans le 5 et autant de répétitions. Quelle saison !!!!

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Rédigé par lta38

Publié dans #nivo-météo, #ski-glisse

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