Nous savons tous qu'il est dangereux de téléphoner au volant. C'est même strictement interdit par la loi contrairement par exemple au ski de randonnée. Au moins c'est clair. Pourtant, sans aller jusqu'à dire que nous le faisons tous, à la vue de ce que j'observe tous les jours, je peux avancer sans prendre trop de risques qu'une majorité de conducteurs le fait régulièrement ou a minima occasionnellement. Et fort heureusement, presque toujours sans conséquence. Mais en cas d'accident grave, les pompiers (le SAMU) roulent ventre à terre pour venir désincarcérer les victimes des véhicules puis prodiguer les soins. Sur autoroute, le patrouilleur s'expose aux autres usagers lors de l'intervention. Les secouristes prennent des risques et l'addition (financière) est lourde pour la société. Mais elle est payée par nos impôts, principe français fondamental de solidarité jusqu'ici et fort heureusement car beaucoup ne survivraient pas financièrement à une telle facture. Quant aux secouristes, ils se sont entraînés pour cela. Ils font le maximum pour sauver tout ce qui peut l'être, avec des moyens (matériels et financiers) qui pourraient encore être meilleurs si nous avions à la tête des états des hommes faisant le maximum pour l'éducation, la santé et le bien notamment de ceux qui en ont le plus besoin au lieu de continuer à enrichir ceux qui ont déjà bien plus qu'il ne faut pour vivre (matériellement) dans un confort inégalé depuis la nuit des temps. Les secouristes font donc le maximum ; ils le font aussi par passion, par envie et c'est sans aucun doute un des plus beaux métiers du monde que de s'occuper de la santé des gens.
Cet exemple très particulier peut s'étendre à tous les autres comportements contraires au code de la route : non respect des vitesses, des stops, alcoolémie etc. Cet exemple peut s'étendre à d'autres erreurs que nous faisons tous, parfois/souvent par plaisir. Le manger trop gras, trop sucré, trop salé (et ce n'est pas faute d'être prévenu) ; le tabac et ses conséquences désastreuses. Inutile d'aller plus loin. Personne n'échappe aux mauvais comportements dans sa vie et les conséquences sont parfois graves, coûteuses pour la société et nécessitant parfois l'intervention de secouristes devant affronter certains dangers.
C'est exactement le même principe en montagne. Il y a parfois des accidents, des secours, des frais. A partir du moment où il y a de la neige, il y a un risque d'avalanche. Il est malheureusement impossible de mettre une limite. Risque 3, 4, 5... dans tous les cas, il y a des pentes dangereuses et d'autres qui ne le sont pas. Tous les montagnards savent bien que le chiffre ne résume qu'une infime partie de la situation. Il n'y a qu'à voir la proportion que prend cet indice au regard de la somme d'informations divulguée par les bulletins d'avalanches quotidiens. Ainsi, il n'existe pas une limite précise au-delà de laquelle il serait interdit de sortir. La montagne n'est pas un chiffre. En outre, un bulletin est une estimation.
Il y a donc des accidents. Et contrairement à la route, des accidents qui ne font pas suite à une interdiction bafouée. Car en montagne, il n'y a de règles que celles que la montagne elle-même nous dicte. Les réseaux sociaux, reflets de la bêtise et de la méconnaissance humaines subissent de plein fouet la médiocrité de certains médias, par exemple en mettant en avant le terme "hors-piste" pour faire de l'audimat sans même savoir ce que cela veut dire et surtout, par le fait qu'ils autorisent de commenter un sujet qui appelle surtout à de le retenue et éventuellement de la tristesse. Ce faisant, il s'inscrivent comme coupables de la haine déversée dans le seul but de faire de l'audimat, au mépris des familles endeuillées par les drames. La montagne, c'est la nature, c'est donc un hors-piste par définition. La piste, c'est un stade ; ce n'est pas la montagne.
Il y a donc des accidents en montagne. Hors des stades donc. Et finalement, pas tant. Pour les avalanches, c'est entre vingt et trente en moyenne en France depuis quarante ans. Et d'ailleurs, et pour d'autres raisons, il y en a aussi dans les stades que sont les pistes de ski (une petite vingtaine par an également). Vingt à trente par an donc ; un chiffre qui est même en légère baisse malgré une explosion du nombre d'adeptes de la randonnée et/ou de ce que certains nomment le "hors-piste". Sans doute grâce à l'information et à la formation. Pas grâce aux grands titres des "grands" journaux mais grâce au travail des météorologues, des nivologues ; grâce au partage des connaissances, grâce au matériel, grâce à la rapidité d'intervention et à la qualité des secours et des soins lorsque malheureusement l'accident survient ! La saison n'est pas terminée (croisons les doigts...) mais on reste loin des 57 décès de l'hiver 2006 alors qu'il y avait trois à quatre fois moins de randonneurs qu'aujourd'hui. Les saisons se suivent et ne se ressemblent pas. C'est la montagne qui dicte les règles. Nous faisons au mieux avec nos connaissances même si, bien sûr, tout comme lorsqu'on est tenté d'envoyer un SMS au volant, nous faisons parfois des mauvais choix devant une situation a priori malsaine, aveuglés par notre enthousiasme et notre vibration intérieure.
Au final, après réflexion, le SMS au volant est bien pire que la progression en poudreuse. Il est interdit par la loin contrairement à l'envie de se promener dans la poudreuse. En cas d'accident, la mise en danger d'autrui (les autres usagers de la route) demeure cent (mille ?) fois plus probable. Pourtant, derrière, les secours viennent nous chercher sans rien nous demander et la collectivité prend en charge tous les coûts. Devons-nous remettre en cause ce principe ? A première réflexion, pourquoi pas. Mais en réalité, le problème est ailleurs. Car si on commence, quel que soit le domaine (route, montagne, hygiène de vie...), à analyser chaque cas pour donner la facture à ceux qui seront considérés comme fautifs, c'est juste le système qui va changer. Au final, au lieu de payer des impôts (qui serviront à nous secourir et à nous soigner), on payera des assurances (privées) qui s'occuperont de régler la facture.
Le vrai débat n'est donc pas de savoir s'il faut faire payer aux gens ou pas mais si on préfère en venir à un système égoïste (chacun sa merde, chacun paye son assurance et au même prix) ou conserver un système solidaire (par les impôts donc indexé sur les revenus). Pour ma part, mon choix est vite fait. Le système de solidarité doit perdurer pour la santé, l'éducation, et d'autres priorités (forces dites de l'ordre qui sont aussi avant tout des "forces" de sensibilisation...) et pourrait même être étendu à d'autres points (abonnement à l'eau et aux énergies...) mais c'est un autre débat. Pour finir, une petite précision chiffrée qui "la coupera" à certains : les secours en montagne, c'est en moyenne un euro cinquante d'impôts par contribuable et par an en France. Tempête dans un verre d'eau !
Pour finir, il faut évidemment que compte tenu des observations actuelles sur le terrain, les amateurs de neige restent vraiment sur leurs gardes en se cantonnant sur des itinéraires faciles, peu raides et peu exposés sur tous les massifs jusqu'à ce que la situation s'assainisse. Et si tous les autres, campés derrière leur clavier ou leur smartphone avec le petit chat sur les genoux pourraient se contenter de lire l'actualité avec les yeux et s'abstenir de tout commentaire empreint de méchanceté, de bêtise et d'ignorance, les proches des victimes et la société en général ne s'en porterait que mieux !
Pour ma part, je vote plus que jamais pour un système solidaire quand bien même cela finirait par alourdir un peu plus ma contribution !