Il y a deux ans, presque jour pour jour, je publiais un billet titré "à tout prix, à quel prix ?". Aujourd'hui, je remets une pièce dans le juke box parce qu'il est incompréhensible bien que probablement inconscient et surtout extrêmement dangereux de fonctionner ainsi. Et même complètement incohérent quand, quelques minutes plus tard, on va se mettre à trembler un mètre au-dessus d'un point lors d'un passage délicat obligatoire.
Avec mon ami Lolo, nous avons profité de deux belles journées printanières pour aller grimper dans le sud-ouest du Vercors. Une première journée aux Petits Goulets (petite grande voie "Jurassic Bac - bien sympa puis secteur Moby Dick - voir le superbe topo "Escalade libres en Royans-Vercors" de Romain Gendey et ouvreurs locaux) puis une seconde à Presles. Pour cette reprise (pas grimpé dehors depuis novembre et pas grimpé tout court depuis mon accident mi-janvier), il fallait gérer la non-conti : soit un peu dur mais pas long soit long mais pas dur. Pour cette seconde journée, nous avons opté pour la seconde option. Direction le secteur des Buis où une nouvelle voie "bières, chips, charcuterie" (6a+ court) sur 4 longueurs mène à la vire médiane sur laquelle on traverse de presque cinquante mètres à droite pour rejoindre une autre nouvelle voie "prises de guerre" (5 longueurs, 6a/6a+ avec un passage 6b). Un très bel enchaînement (surtout, prises de guerre car la première partie est en rocher encore interactif et un peu trop équipée à mon goût).
Pour cette voie comme pour l'autre voie récente située trente mètres à gauche et un peu plus dure ("bac car bonnes"), les topos mentionnent clairement la dangerosité de s'engager si une cordée est déjà présente dans la voie. Dé-con-sei-llé ! On ne peut pas être plus clair. Nous étions les premiers dans notre voie et durant les deux premiers relais, j'ai discuté avec la cordée qui évoluait dans la voie à côté. Nous avons eu beau crier "attention !" ; "ne restez pas là !", rien n'y a fait. Nous étions sidérés de voir que les grimpeurs s'amassaient par grappes pour s'engager derrière nous. Nous avons compté au moins neuf grimpeurs et n'avons sûrement pas tout vu !
Comment peut-on être aussi inconscient du danger ? Clairement, il est impossible de garantir quoi que ce soit même en faisant attention. Malgré l'énorme travail des ouvreurs, on ne peut être à l'abri d'une mauvaise surprise envoyant en bas un morceau suffisamment gros pour tuer instantanément même avec un casque. C'est d'ailleurs ici qu'il y a deux ans, une grimpeuse était tuée par la chute d'un bloc de plus de cinquante kilos, délogé par une cordée. J'ai presque envie de dire : comment peut-on être si con ? La vie ne vaut-elle pas qu'on revoit nos plans si une cordée est déjà devant ?
Alors certes, les ponts de mai, c'est habituellement la foule sur les sites d'escalades comme Presles, les Calanques, les Baronnies etc. Et il est donc difficile de s'y trouver seul. Mais bon, il y a suffisamment de voies à Presles (300 ?), y compris d'un niveau abordable et suffisamment d'autres voies où on pourra s'engager derrière une cordée sans prendre ces risques. Franchement, il est rarement mentionné ce genre de précaution donc lorsque c'est le cas, il faut en tenir compte !
Grimpeurs, si vous projetez 'bière, chips..." ou "bac car bonnes", levez-vous à six heures du matin si vous voulez y aller coûte que coûte ou prévoyez un plan B si une cordée est déjà engagée !!