Marcher dans la relative chaleur d'un après-midi d'automne, au son de quelques raires qui résonnent sur le versant d'en-face. Retrouver Antoine, jeune naturaliste de talent, qui affûte dans le secteur depuis quelques jours. Cela fait quelques années qu'on fréquente les mêmes places et qu'on se tient au courant des observations. Echanger autour de notre passion et de la montagne tandis que les casse-noix préparent leurs provisions pour l'hiver.
Seize heures. Il est temps d'aller se poster. Les animaux peuvent sortir à tout moment même si cette journée de début octobre, censée être au coeur du brame en montagne, semble assez calme. Chacun rejoint sa place d'affût, à trois ou quatre-cents mètres l'un de l'autre peut-être. S'installer, se fondre, et ne plus bouger jusqu'à la tombée de la nuit. Je choisis une clairière au-dessus de la limite de la forêt qui semblent correspondre à l'endroit où un cerf bramait éperdument en début de semaine. Pour avoir un bel arrière plan, je choisis une place assez confortable entre deux épicéas. Un filet tendu ; je suis indétectable, sauf s'ils arrivent dans le dos. La fenêtre est courte mais c'est le pari. Dans le dos, mais suffisamment loin pour ne pas être repéré, un cerf commence à donner de la voix mais reste invisible. Des biches sortent dans les clairières. La montagne s'anime. Ce n'est pas le grand jour mais c'est toujours un beau moment d'immersion.
18h30. Il est là. Juste derrière la ligne de crête. Il pousse des raires puissants depuis une dizaine de minutes. C'est quitte ou double. Soit il restera à couvert, soit il sortira. J'y crois... Et la magie s'opère. Dix minutes avec ce cerf de corpulence moyenne qui vient se "poser" pile à l'endroit où je l'avais espéré. Cela ne marche pas à tous les coups mais ce soir-là, la nature m'a offert un beau cadeau.