Je me suis un temps demandé si un phénomène de moins de deux minutes pouvait justifier un tel déplacement. Cela fait peut-être vingt ans que je sais que je serai en Espagne en 2026. Après avoir raté l'éclipse de 1999, c'était sans doute la meilleure chance : pas trop loin ; (donc) pas trop coûteux ; en pleines vacances d'été ; avec des chances d'avoir une météo favorable vu l'endroit. En fait, ce n'était pas un déplacement que pour l'éclipse mais je m'étais "réservé" cette région pour cette occasion. J'ai toujours voulu y venir. Alors voilà comment cet été nous avons voyagé près de trois semaines sans véritable programme planifié, autre que celui de se trouver au bon endroit le soir du 12 août.
La météo, nous l'avons surveillée. L'idée de départ était les Asturies d'abord puis descente vers la côte pour l'éclipse. Mais avec une possibilité de bouger. A J-2, les prévisions asturiennes ne sont pas satisfaisantes. Beaucoup rateront l'événement à cause des nuages. Malgré la chaleur, nous prenons la direction de Léon. Le plateau castillan est très aride l'été avec un ensoleillement maximal même si on n'est pas à l'abri d'un orage ou, plus fréquemment, de quelques petits cumulus taquins issus des montagnes. Du coup, on choisit un spot à l'est de la ville. Je confesse être assez stressé. Cette éclipse, je l'attends. Je ne veux pas la rater. Et si je peux vivre cet événement avec mes proches, alors ce sera fantastique. Je ne veux laisser aucun aléa.
Après une journée à découvrir la vallée du Rio de Luna et ses barrages, Léon impose une petite visite matinale avant la chaleur. Nous poursuivons par une après-midi dans une petite piscine municipale au milieu de rien. Tout se présente bien. Pas un nuage à l'horizon. Nous grimpons sur un plateau en fin d'après-midi et trouvons un coin d'ombre (il fait encore pas loin de 35 degrés !). La suite est connue.
Celles et ceux qui me suivent, sur ce blog depuis plus de vingt-cinq ans ou sur les réseaux depuis plus de quinze ans, ont déjà vu quelques unes de mes photos et connaissent un peu les moments que j'affectionne. J'ai vécu des couchers (ou levers) de soleil inoubliables (sommet du mont Blanc, côtes bretonnes, Norvège, Ecosse, parfois lors de bivouacs au sommet du Viso, du Grand Pic de Belledonne, de la Meije...). J'ai vécu des éclipses de Lune et notamment celle de la nuit du 28 septembre 2015 que je ne suis pas prêt d'oublier (même si le matériel photo de l'époque n'était pas àn la hauteur). J'ai vu des aurores boréales et tant d'autres moments/paysages magiques. En s'appliquant, tous ces moments, tous ces décors étaient encore plus beaux en photo. C'est la magie de l'image. Sans tricherie. Juste du bon matériel, un bon développement et être au bon endroit au bon moment. L'image sublime l'instant.
Eh bien pour l'éclipse, ce ne fut pas le cas. On a pu voir des images incroyables sur les réseaux (tri compliqué à faire entre les vraies images et les images trafiquées). Celles que je vous présente ci-dessous restent quelconques. Je n'avais aucune prétention de ce côté. Pas cette fois-ci. Et si c'était à refaire, j'y accorderais encore moins d'attention. Tout simplement parce qu'aucune image n'arrivera à la cheville de ce moment en vrai. Je m'en doutais, mais pas à ce point. J'avais annoncé la couleur à mes proches : 98% en France (tout au sud), c'est "zéro" en comparaison de la totalité. Le moment magique, ce sont les une minute quarante cinq secondes de totalité offertes par la région de Léon. Et c'est encore plus fort parce que c'est court. A 98%, on garde les lunettes. J'étais autour des 95% en 1999. Pas grand chose à se mettre sous la dent. Alors certes, sur l'est de la France, on pouvait voir cette fois-ci (étant donné le timing), un croissant rougeâtre au soleil couchant (et donc sans lunette, comme pour un coucher de soleil) et c'était certainement un magnifique instant. Mais la totalité, comment dire... On retire les lunettes et on regarde. Moment complètement irréel. Hors du temps. Qu'aucune image ne peut retranscrire. On a hurlé, on a pleuré. C'était bien au-delà de mes attentes. Rien que pour ces deux petites minutes, je n'aurais pas regretté le déplacement si nous avions eu tous les autres jours une météo abominable et même une panne de voiture !!!
Nous devons limiter nos déplacements, utiliser les transports en commun, les moyens de mobilité douce autant que possible. J'en parle parfois sur ce blog. Mais nous devons vivre aussi. Paradoxe inextricable. Il y a une autre éclipse totale le 2 août prochain. Avec une totalité bien plus longue. Je n'irai pas jusqu'à Louxor (plus de 6 minutes de totalité) mais pourquoi pas en Andalousie où l'instant maximal durera autour des 4 minutes. Je n'ai rien décidé à ce jour mais si vous n'avez jamais vu une éclipse totale...
Quelques images quand même. Mais j'ai presque regretté d'avoir perdu de précieuses secondes du direct.