C'était mieux avant ?

Publié le 31 Mars 2026

"Déjà la course commence chez soi : penché sur la carte, soupesant les chances qu'il y a d'avoir de la neige de bonne qualité sur ce flanc sud où probablement le soleil de ces derniers jours l'a transformée, alors que sur ces flancs nord elle doit être croûtée, ou bien espérant que la neige ne sera pas trop profonde, malgré la pluie, la neige là-haut, de ces deux derniers jours, le skieur imagine longuement ce que pourront être les quelques heures où il sera en montagne. Et la fin de la semaine arrivant, l'inquiétude le gagne à la pensée que la météorologie pourrait ne pas être favorable.../... Car le propre du ski de montagne ce n'est pas, comme on le croit souvent, la descente, mais bien la montée."

Ces deux passages sont tirés du livre "Cimes et neige ; 102 sommets à skis de Philippe et Claude Traynard (1971). Ces quelques lignes font implicitement remonter des différences notables avec la pratique d'aujourd'hui. On parle de neige transformée en sud et croûtée en nord, signifiant qu'on est déjà dans une période avancée de la saison. En feuilletant les cent-trois monographies proposées par les auteurs, on constate que pour chaque course, une période considérée comme favorable est donnée. Rares sont les courses faisables en janvier, à part par exemple la Grande Sure en Chartreuse. On est plutôt sur du février-avril ou du mars-mai. Pour citer un itinéraire bien connu, la Belle Etoile, course 46, est donnée pour avril-mai (en notant au passage qu'elle débute au Fond-de-France à 1100 m d'altitude, la station (et donc la route) du Pleynet n'existant pas encore) !!! On appelait d'ailleurs le ski de randonnée le ski de "montagne" ou encore le ski de "printemps". Cela résultait à la fois d'une méconnaissance mais aussi d'une peur accrue des avalanches et de la neige poudreuse. On note également la notion de week-end, seul moment où on pouvait en profiter. A l'époque, il n'y avait que quatre semaines de congés annuels, dont souvent deux ou trois durant l'été. Il ne restait pas grand chose pour le reste de l'année hors week-end et jours fériés, généralement réservés aux fêtes de Noël en famille. Très loin des RTT et du télétravail... Enfin, les Traynard parlent de la montée qui prime. Cela est toujours valable aujourd'hui en temps passé mais beaucoup de skieurs envisagent surtout la descente. C'est elle qui guide souvent le choix de la course alors qu'à l'époque, on recherchait plutôt un sommet. D'ailleurs, nombre courses du livre finissent à pied jusqu'à un sommet (Puy Gris, Muzelle...), chose dont on se fiche éperdument aujourd'hui : plutôt que de "perdre" du temps à grimper sur une arête mixte, on préfèrera remettre les peaux pour un peu plus de poudre...

Alors non ! Ce n'était pas mieux avant. Personne ne souhaite revenir à des skis de 65 en 205 de long et 4 kilos la paire, avec des fixations qui ne déchaussent pas ou trop facilement et des chaussures en cuir. Personne n'a envie de se priver de la poudre, du choix de la météo (en pouvant choisir ses jours), de la connaissance qu'on a des montagnes. Dire que c'était mieux avant, ce serait passer pour un vieux con. Néanmoins, sur certains points, c'était quand même peut-être mieux avant. Tout en restant minoritaire, je fais partie de ce petit monde pour lequel la montagne rime avec tranquillité et de ce côté, cela devient difficile à trouver. La faute aux topos que nous faisons, à la "pub", aux réseaux. Bref ; à la communication d'aujourd'hui. En dehors de cet aspect personnel, il faudra sans doute se pencher un jour sur l'impact négatif de cette fréquentation hivernale sur la montagne. En été, les conséquences sont finalement moins graves bien que la fréquentation soit encore plus importante : la végétation "oblige" souvent à rester sur les sentiers, canalisant le passage. En hiver, la neige permet au contraire toutes les fantaisies.

Un dernier point me taraude. L'histoire. Il y a toujours eu des pratiquants qui prennent le temps de se former et d'apprendre et d'autres qui grillent les étapes. Mais il semblerait que de plus en plus de gens ne s'intéressent pas forcément à l'histoire. Ignorer l'histoire, c'est ignorer tout ce qui fait qu'aujourd'hui on en est là. N'oublions pas l'histoire. prenons le temps de lire et de se plonger dans la pratique des pionniers et de celles et ceux qui ont fait avancer notre activité. Côté bibliographie, si je devais faire un triptyque, je citerais :
- La trilogie des Traynard : 101, 102 puis 103 sommets à skis (années 70), ainsi que le "ski de montagne" qui va avec (manuel technique)
- Ski-alpinisme (Bonfort-Shahshahani - 1984). Ouvrage révolutionnaire qui mettait en avant le ski beaucoup plus tôt en saison, le ski de poudre et le ski-extrême
- La collection Toponeige (créée en 1996 par ce même Volodia Shahshahani), régulièrement mise à jour et toujours d'actualité aujourd'hui comme (quasi unique) référence.

C'était mieux avant ?
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C'était mieux avant ?

Rédigé par lta38

Publié dans #ski-glisse, #publications

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G
Moins connu que les 101 et 102 de Traynard , je mets en première position des topos le livre de Bertillot "descentes en ski" édition 1947 qui innovait avec des diagrammes des pentes de chaque itinéraire et surtout un raid en 5 étapes entre la vallée de l'arc et la vallée du doron de Bozel avant que les stations de ski ne monopolisent ces grands espaces.
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L
Je connaissais pas. Introuvable j’imagine…