Par lta38
Second jour des retrouvailles avec Jean Bouchet. Direction Courchevel et les belles dalles de la Grande Val. Après avoir gravi Horus en guère plus d'une heure, nous poursuivons la journée sur un site de couennes. Une journée au vert dans un très beau cadre malgré la proximité des pistes. Je retrouve la même personne que dix ans auparavant.
Jean, je l'ai rencontré en 2001 durant le fameux hiver. Je suis en plein explorations de pentes raides mais mon niveau de ski me donne de l'appréhension pour les pentes plus raides. Un coup de fil à Volo avec qui je travaille sur le Toponeige Ecrins Sud :
- Ca va ?
- On verra demain !
- Pourquoi demain ?
- Je vais à l'Infernet avec un copain. Tu veux venir ?
- Ben... j'ai prévu un truc avec un pote. Je vois avec lui s'il est toujours dispo et je te redis.
En réalité, l'appréhension m'empêche de répondre par l'affirmative. Je n'ai rien prévu le lendemain et je suis libre comme l'air. Un coup de fil à Nico Cardin, mon acolyte de mes débuts en pente. Nous avons fait le Gervasutti la saison précédente en neige béton et avions conclu qu'on pouvait aller partout en bonne neige. Nico m'encourage direct à y aller. Il travaille, lui. Il aurait aimé être là. L'Infernet, c'est le mythe. La 89è course (sur 89) du fameux Topoguide de Volodia. La pente raide référence du Dauphiné. Aussi long (1600 mètres) mais plus raide que le Marinelli. Malgré sans doute une pointe de Jalousie de ne pouvoir être là, Nico me pousse à y aller. Et c'est ainsi que je fais connaissance avec Jean Bouchet.
Le feeling passe immédiatement. Nous sommes déjà à la mi-avril mais prenons immédiatement rendez-vous pour la suite (et fin de la saison). En quelques jours, nous skiions le coup de Sabre, le col du glacier Noir, le Pélas Verney, le Dérobé, le sud-est du Coolidge, le col Claire... Et d'autres les années suivantes, entrecoupées de quelques sessions d'escalade et d'un voyage en Norvège.
Jean, c'est tout une histoire avec la montagne et une recherche de l'efficacité. L'efficacité rime pour lui avec sécurité. Finir plus vite pour être moins exposé. Finir plus vite pour en enchaîner une autre. Ou encore rentrer plus tôt pour être plus en forme pour le lendemain. Une efficacité qui ne résulte pas dans la "course" comme un Védrines mais dans la rapidité dans les manip'. Nous ne sommes pas en montagne pour passer du temps du temps à mettre les crampons ou faire un relais mais pour skier et pour grimper. Je n'ai jamais connu quelqu'un d'aussi efficace, sans négliger la sécurité. Il m'a beaucoup appris. Je le revois me mouliner par-dessus une corniche pour entrer dans un couloir à cinquante degrés, sur un corps mort "home made". "T'inquiète pas, ça tient !".
Jean s'était même forgé une réputation en Dauphiné. Les copains qui pensaient avoir découvert une nouvelle ligne à skier apprenaient souvent a posteriori qu'elle avait déjà été skiée... par Jean Bouchet. A force, ils finissaient par ironiser dans leur chronique : "première connue par Jean Bouchet, dans le Brouillard et sans appareil photo !"
Jean aurait pu payer cher son accumulation de courses en montagne. La fameuse loi de Murphy. Plus on y va, plus il y a de chances que ça tourne mal. Il pourra vous parler de sa dégringolade dans une avalanche (une histoire qui ressemble à la mienne) dont il sort miraculeusement indemne dans les Bauges. De la corniche qui cède au sommet de la Grande Casse dont il se sauve en se retrouvant miraculeusement pendu par une main au-dessus de la face sud. Du rappel dont le bloc d'amarrage saute (alors que des centaines de cordées l'empruntent depuis des années)...
Il pourra aussi vous parler de ses difficultés avec les expéditions en bateau à voile qu'il organise vers le grand nord ou le grand sud : crash, flammes, avaries... Mais Jean n'a jamais baissé les bras. Ces incidents, ces accidents, le rendent plus fort. Sa montagne, une fois vidée de ces mauvais souvenirs, ce sont surtout ses réussites, son carnet de courses, son carnet de vie. Ses expéditions avec Kamak. Une liste longue comme le bras de l'inspecteur gadget de ski de pente raide et de ski tout court. Des traversées d'arêtes et des enchaînements à n'en plus finir. Des "balades" au milieu des manchots. Des navigations encerclées par les orques. Jean a mis toute son énergie pour ses voyages dont nombre de mes amis sont revenus enchantés.
Jean, c'est pour moi un frère de "torchage" comme il dit. Le mot est moche, mais il représente ce qui est fait, bien fait, et terminé. Il aime le travail bien fait. Propre. Vous ne regretterez pas de vous être adressé à lui. Merci Jean pour tous ces moments là-haut. A quand la prochaine ?
y'a que les routes qui sont belles... (jjg) - Hébergé par Overblog