Pour que cela n'arrive plus jamais

Publié le 13 Octobre 2015

J'évite en général de commenter ce genre de "fait divers". D'abord par respect pour la famille, les amis des victimes. Aussi parce qu'il est toujours facile de juger derrière son clavier et d'avoir un avis sur tout. Sur le terrain, c'est foncièrement différent.

Mais aujourd'hui, je ferai une exception. Le sujet me concerne doublement : c'est en montagne et c'est "chez moi". Et aussi parce que je suis une personne à risque plus que les autres de par ma présence sur le terrain (ainsi que mon entourage). Et puis, les faits sont indiscutables si l'on en croit la relation des événements au travers des médias : comment peut-on confondre un humain avec un chevreuil ? (vous en avez vous des amis qui ressemblent à un chevreuil ?) Comment peut-on tirer en direction d'un chemin ultra fréquenté un week-end ? Je ne crois pas à une erreur : il s'agit de la même chose que ce que je ressens à la vue de cinquante centimètres de poudreuse, d'un cerf devant mon affût ou dans l'enchaînement de beaux mouvements d'escalade dans une voie difficile : l'adrénaline. Sous l'influence de ces émotions fortes, on ne prend parfois pas suffisament le temps d'analyser avec justesse la situation. Et dans la chasse, l'action doit être rapide.

Le problème c'est que si je rate ma photo de cerf, on s'en contrefiche ; si je prends des risques jugés a posteriori importants dans un contexte d'avalanche, je n'engage que moi (je ne rentre pas dans le débat de la mise en danger des secours parce qu'il faudrait dans ce cas-là mettre en parallèle le même risque pris par les pompiers pour les accidents domestiques, sur les autoroutes, etc...les secouristes aiment et ont choisi leur métier et ont envie de sauver des vies et sont payés, bref...). Par contre, le chasseur lui, il met en péril la vie de quelqu'un qui n'a absolument rien demandé. Et puis la voiture, le ski, ne sont pas des outils destinés à tuer. Le fusil, si. C'est toute la différence.

Revel, sous le Grand Colon, où a eu lieu l'accident du 10 octobre (archives lta38 2011)

Revel, sous le Grand Colon, où a eu lieu l'accident du 10 octobre (archives lta38 2011)

Pour que ce genre de situation n'arrive plus jamais (utopique) ou, à défaut devienne exceptionnelle, il nous faut agir. Le nombre de personnes fréquentant les milieux outdoor augmente sans cesse. Un certain nombre de mesures paraissent aujourd'hui indispensables. 

- Interdire définitivement la chasse sur des lieux ultra-fréquentés (chemins de randonnées fréquentés avec périmètres autour). En gros, créer de nouvelles réserves de chasse, non pas pour protéger la faune mais pour protéger les humains. Evidemment, il ne s'agit pas de fermer tous les espaces autour de tous les sentiers mais au moins les grands "réservoirs" d'aération des citadins, c'est-à-dire pas grand chose de moins pour les chasseurs au final.

- Diminuer le nombre de jours de chasse. Alterner les jours de chasse un jour sur deux sur deux semaines (donc un samedi sur deux, un dimanche sur deux...) est une première possibilité. L'information serait relayée sur le net et nationale afin de ne pas se prendre la tête d'un secteur à un autre. Ainsi, le randonneur occasionnel ou régulier (mais pas acharné soit la majorité) pourrait choisir ses journées de randonnées en éliminant le risque de se prendre une balle. Pour les autres dont je fais partie et qui sortent tout le temps, un jour sur deux resterait dans le contexte actuel avec les règles de prudence habituelles. Interdire la chasse le dimanche, personnellement, je serais pour (facile, n'étant pas chasseur) mais le chasseur n'est pas seulement un retraité disponible pour chasser n'importe quel jour mais aussi un salarié. Le dimanche reste le jour où il y a le plus de chasseurs ce n'est pas pour rien. Donc je comprends qu'ils défendent le droit de chasse ce jour-là. Cette mesure est toutefois à mettre dans la discussion, ou tout au moins un des deux jours du week-end. Supprimer un autre jour de la semaine serait insuffisant.

- Renforcer les contrôles et les examens (aptitudes diverses, vue, alcoolémie...). Créer des emplois pour le vérifier (éventuellement verbaliser) sur le terrain. Compte tenu de la gravité d'un accident de chasse (contrairement à de nombreux accidents de voiture qui sont bénins), une verbalisation ne peut être que sévère. Les chasseurs n'étant pas des délinquants (on a vu sur les délinquants que la peur d'être durement sanctionné ne dissuade pas), la perspective d'une sanction lourde (lors d'un contrôle hein, pas seulement après un accident) aurait à mon avis une certaine efficacité. Retrait du permis ET confisquation de l'arme + amende non négligeable.

- Sensibiliser davantage sur le tir fichant : on ne tire pas sur une crête, vers un bosquet ou une forêt, sur des blocs rocheux (ricochets)... On doit savoir où la balle va s'arrêter sinon on ne tire pas.

- Ne pas hésiter à interrompre une battue en cas de promeneurs s'aventurant sur la zone désignée. Les panneaux c'est bien mais comme on a pu le voir sur le massif du Bargy avec l'échec de l'opération d'abattage des bouquetins (un sujet sur lequel j'aurai peut-être l'occasion de revenir), il est complètement illusoire de croire que l'on peut, à l'aide de quelques panneaux et sentinelles, aussi nombreux soit-il, empêcher la pénétration dans un périmètre de nature, qui plus est, forestier.

Je me souviens d'un pique-nique dans le Trièves où, peu après notre arrivée dans une prairie accessible en voiture, un groupe de chasseurs s'approche : "vous ne pouvez pas rester-là, on va faire une battue". "Comment ça, vous voulez-dire que vous pourriez nous tirer dessus ? Ah si on va rester là et vous allez faire attention". Fin de la discussion. La journée se passa sans accroc. L'ouvreur en escalade va-t-il quand même nettoyer sa voie (i.e. envoyer vers l'aval les blocs douteux) sous prétexte qu'il a apposé des panneaux ("équipement en cours, chutes de pierres") alors qu'il a vu une cordée s'engager dans l'axe dangereux ? Assurément non. Parce que vous avez le feu vert, vous permettez-vous délibérément de foncer sur un piéton ne repectant pas la priorité ? Evidemment non ! Le chasseur représente le danger et en plus, contrairement à mon exemple "voiture/feu vert", n'a aucune priorité. Il ne s'agit pas ici de remettre en question l'existence même de la chasse mais de revoir la façon et l'éthique dont/dans laquelle elle est pratiquée.

En espérant que des mesures soit rapidement mises en place pour la sécurité de tous. Pour que cet accident serve. J'adresse toute ma sympathie aux proches de la victime, Samuel, un jeune homme de vingt ans qui aimait la vie et l'escalade et que je n'ai pas eu la chance de rencontrer.

 

Rédigé par lta38

Publié dans #humeur

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P
C'est très bien de dire tout ça ! bravo ! Lobyes, lâcheté des politiques , tout cela est vrai mais il est des temps pour s'exprimer et dire les chose, même si certains pensent que ça ne sert à rien ! Se taire c'est sûr ne sert à rien et ne fera jamais avancer les choses ! Il y a des énormités et des aberrations dans le monde de la chasse , il existe même un bouquin là dessus : http://www.allary-editions.fr/publication/comment-se-promener-dans-les-bois-sans-se-faire-tirer-dessus/ lisez le c'est affligeant de connerie !
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S
peut etre aussi interdire la chasse avec balles,seulement cartouches
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L
Il me semble que la chevrotine a été remplacée par les balles car il y avait trop de gibier blessé.
D
Bonjour Lionel.<br /> Je comprends et suis de ton avis sur beaucoup des points que tu décris, mais... Il est illusoire de penser que l'Etat fera quelque chose et encore moins au niveau des régions et communes. Le lobby de la chasse en France est trop présent, les électeurs/chasseurs représentent un poids trop important pour qu'un élu aille en vent contraire.<br /> C'est les présidents de société de chasse qui sont en première ligne pour faire respecter un minimum la sécurité, or, ceux ci sont du pays, du village... <br /> Avec ma femme, un jour, un chasseur a tiré en direction de la route alors que nous circulions tranquillement en voiture, la balle est passé vraiment proche au vu du bruit. Le chasseur a simplement levé la main comme geste d'excuse... Il aurait tiré un poil plus bas et c'était dedans. Or on ne tire pas en direction d'une route ! Ma femme a contacté la gendarmerie (le chasseur était bien coloré au niveau du visage si tu vois ce que je veux dire), et bien, la gendarmerie ne peut faire de contrôle d'alcoolémie du moment que le chasseur est dans un prés ou champs. Seul le présidant de la société pour lui dire de ranger son arme, hallucinant !!!<br /> Vers chez nous, ils sont bien souvent alcoolisés (pas tous c'est vrai mais 1 seul suffit je crois à faire à malheur) en fin de matinée lors de leur repas de midi, ensuite ils foncent tous à vive allure avec leur 4x4 à travers chemins... c'est pathétique...<br /> <br /> Non Lionel, je ne crois pas qu'on puisse lutter contre ces gens pour qui les bois, les chemins, et autres coins de nature sont LEUR propriété... Je connais d'anciens chasseurs qui ont arrêtés car dégoûtés par le côté gros BEAUF de certains de leurs congénères. Ceux là semblent être minoritaires (les jeunes apparemment sont plus responsables) mais je le répète, 1 seul taré armé et la catastrophe n'est pas loin...<br /> <br /> Jérôme.
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