Publié le 25 Janvier 2023

Le problème majeur qui se pose aux pratiquants de ski reste de limiter le risque d'avalanches. Les avalanches ont causé 423 accidents mortels (NDLR : nombre d'accidents mortels < nombre de morts) dans les Alpes Françaises (pour la France, ce qui suit ne tient donc pas compte des Pyrénées, du Massif Central, des Vosges, du Jura et de la Corse) en 23 saisons soit en moyenne 18 par saison (NB : 651 décès en tout en France sur cette même période soit une moyenne annuelle de 28).

A première lecture, ce chiffre peut paraître faible compte tenu du nombre de traces observées chaque saison en montagne, d'autant que la moyenne annuelle qui fluctue selon les années (il y a des périodes/saisons "dangereuses, d'autres qui le sont nettement moins) n'a nullement tendance à augmenter. Elle est même globalement stable. Mais il faut aller plus loin. Les statistiques ne nous donnent pas entièrement accès aux accidents non mortels avec séquelles plus ou moins graves qu'aucun d'entre nous ne souhaite. Allons encore plus loin. Qui est concerné ? Evidemment tout le monde mais pas de la même façon. On peut grosso modo scinder les pratiquants en trois catégories (c'est très schématique mais c'est pour donner une idée) :
1- Les pratiquants occasionnels à réguliers (mais sans plus)
2- Les passionnés (souvent/toujours dehors)
3- Les "vacanciers" en hors-piste (skieurs de piste qui sortent des pistes sans faire partie de la catégorie 1 ou 2)

Les premiers sont souvent raisonnables. Ils connaissent leurs limites (de connaissances). Ils se contentent d'itinéraires fréquentés, tracés, peu raides... et au final, s'exposent assez peu. Les troisièmes sont très exposés, d'autant que durant plusieurs années, nombre d'entre eux n'étaient pas équipés de matériel de secours (DVA/pelle/sonde). Ils faussent les statistiques sur les massifs de Vanoise et de Chamonix. Enfin reste la catégorie 2 dont je fais partie. Ceux-là se posent mille questions mais sortent quand même (pas n'importe où évidemment), par toutes conditions, recherchant la poudre, la première trace, la pente... De par leur pratique et la répétition, ils sont très exposés et s'intéressent a priori aux moyens de réduire le risque.

Il y a bien sûr des bases à acquérir/renforcer/entretenir : savoir se servir efficacement du matériel de sécurité si on en a besoin certes mais surtout choisir a priori un itinéraire "pas trop" dangereux en étudiant par exemple les bulletins d'estimation des risques d'avalanches et en observant attentivement sur le terrain. Il existe aussi des "méthodes de réduction" et des techniques (coin Suisse, sondage etc) sur place pour se faire une idée.

Sans êtes un spécialiste, je me rends compte que si je commence à tenir compte de tous ces paramètres, de manière quasi certaine, je ne mets jamais les pieds dans des pentes à plus de trente degrés durant les trois jours qui suivent une importante chute de neige voire davantage. Et nous savons tous que "la poudre", c'est le ski. Et que la poudre sans pente, ça ne glisse pas (bien). Et que trois jours après la chute, c'est désormais tout tracé, ou presque.

J'ai déjà exposé ma façon d'opérer sur le massif de Belledonne où je suis globalement toute la saison. Le BERA, c'est moi. C'est mon observation qui me permet de faire tel ou tel choix. J'applique également une sorte "d'intuition nivologique" difficile à expliciter ici par écrit mais qui est partagée par certains nivologues experts. Cela ne suffit pas. L'observation sur le terrain (et donc une présence constante) permet de connaître les pentes qui "partent" souvent. Elle permet aussi de voir qu'après telle chute de neige, rien n'a bougé alors que tel autre jour, il y a eu plusieurs plaques dans le même vallon, signes que cette fois-ci, le risque est avéré. Cela ne suffit toujours pas et ne suffira jamais.

Mais pour cette fois, je me suis intéressé au risque par massif. Les massifs sont-ils tous aussi "dangereux" les uns que les autres ? Pour ce faire, j'ai épluché les accidents d'avalanches depuis la saison 2000 grâce à la formidable base de donnée de Frédéric Jarry et de l'ANENA (un grand merci pour leur travail). Après réflexion, j'ai choisi de regrouper les accidents selon le découpage de la collection Toponeige. Chaque Toponeige (14 pour les Alpes Françaises hors Mercantour - non encore paru - que j'ai quand même inclus dans la base). Ce choix découle du fait que les Toponeige sont relativement homogènes en nombre de courses de base (entre 160 et 200 par secteur découpé) alors que les massifs ne le sont pas.

J'ai ensuite observé trois critères : le nombre d'avalanches ayant emporté au moins un skieur, le nombre d'avalanches ayant tué au moins un skieur et enfin le pourcentage d'accidents mortels au regard des accidents tout court. Ce sont bien des critères de dangerosité. Les deux premiers critères restent à pondérer par la fréquentation des secteurs, très variable. Le troisième (le pourcentage) n'a pas à être pondéré mais il peut donner un plus sur le profil des pentes fréquentées : les avalanches sont plus meurtrières d'autant que les pentes sont raides, de grande ampleur ou parsemées de barres rocheuses (massifs calcaires notamment).

Les secteurs (du nord au sud et d'ouest en est) sont les suivants (entre parenthèses, un indice de fréquentation de 1 - peu fréquenté à 5 très fréquenté) :
- CHA : Chablais (4)
- MBL : Mont-Blanc (5)
- ABB : Aravis-Bornes-Bauges (4)
- BAZ : Beaufortain-Lauzière (3)
- VAN : Vanoise (HC)

- CDV : Chartreuse-Vercors-Dévoluy (4)
- BEL : Belledonne (5)
- ART : Arves-Rousses-Taillefer (3)
- CTA : Cerces-Thabor-Ambin (2)
- ENO : Ecrins Nord (2)
- ESU : Ecrins Sud (2)
- EES : Ecrins Est (3)
- QUE : Queyras (3)
- UBA : Ubaye (1)
- MER : Mercantour (2)

On pourra discuter à + ou - un point de cette pondération. L'étalon reste Belledonne, à mon avis le plus fréquenté avec le Mont-Blanc. Viennent ensuite les massifs de l'ouest savoyard + les Préalpes du sud dont la fréquentation maximale de Chartreuse et Vercors est émoussée par celle, nettement plus faible, du Dévoluy. Les massifs de l'est sont intermédiaires lorsqu'ils sont lieux de villégiature (Queyras par exemple). Quant aux Ecrins, la préférence va généralement au Briançonnais quoique le Champsaur attire beaucoup de Gapençais (mais le chiffre est revu à la baisse de par le quasi désert du Valgaudemar, sans doute la vallée Française la moins skiée en hiver). Enfin, à l'écart des foules, Ubaye ferme la marche. La Vanoise est hors catégorie en raison des statistiques très augmentées par les hors-pistes occupant peut-être la plus grande superficie au monde sur un si petit espace.

Tableau 1 : nombre d'avalanches ayant emporté au moins 1 skieur

Tableau 1 : nombre d'avalanches ayant emporté au moins 1 skieur

Logiquement, les massifs bien fréquentés occupent les plus tristes places, excepté le Chablais et les Préalpes, sans doute du fait de leur altitude moyenne plus basse donc des conditions rapidement plus stables. Tout l'ensemble allant des Grandes Rousses jusqu'au Thabor puis vers le sud avec le Queyras demeure inquiétant : des chiffres élevés malgré une fréquentation moyenne.

Tableau 2 : nombre d'avalanches ayant causé la mort d'au moins un skieur.

Tableau 2 : nombre d'avalanches ayant causé la mort d'au moins un skieur.

Même constat pour la triplette ART/CTA/QUE. Belledonne et les massifs cristallins de Savoie (Beaufortain - Lauzière) sont en revanche nettement moins concernés que dans le premier cas. Et clairement, le premier tableau est assez subjectif (l'ANENA n'a sans doute pas eu connaissance de nombreux emportés sans séquelle) alors que les décès n'échappent pas aux statistiques. Ecrins Sud est curieusement classé peu "nécrophage". Sans doute parce que sa partie bien fréquentée est très réduite (Champsaur) et encore, sur quelques vallées bien définies (Orcières/Archinard/Rouannette/Chaillol).

Tableau 3 : pourcentage d'accidents mortels sur l'ensemble des accidents recensés

Tableau 3 : pourcentage d'accidents mortels sur l'ensemble des accidents recensés

Ce tableau montre une relative homogénéité (entre 25 et 35%). Mont-Blanc est très inquiétant, sans doute en raison de l'altitude et de la moyenne des pentes, mais aussi de par sa fréquentation, notamment en hors-pistes. A noter que le peu de statistiques sur Mercantour nous invite à prendre ces chiffres avec circonspection.

 

Conclusion : Il est probable que la fréquentation d'un massif comme Belledonne (fréquentation qui détruit en partie les couches fragiles), les redoux successifs plus nombreux (massif plus à l'ouest donc davantage sous influence océanique), l'altitude moyenne limitée de ses sommets les plus parcourus ou encore sa morphologie (vallons à profil concave, même très raides) en fait un massif moins dangereux que les autres. Au regard du nombre de skieurs qui le parcourent, les 15 décès de Belledonne sont bien moins inquiétants que les 14 du désert ubayien.
En parallèle, on ne se méfiera jamais assez des massifs présentant de grandes étendues blanches avec des ruptures de relief (pentes convexes) et d'altitude moyenne assez élevée : Cerces, Thabor, Arves, Rousses, Queyras et finalement, Ubaye). Et il va sans dire que la majorité de ces accidents interviennent sur des pentes froides et soumises aux vents (i.e. en hiver = nord et ouest). 

Ubaye : la tête de Croues descendue cet hiver.

Ubaye : la tête de Croues descendue cet hiver.

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Rédigé par lta38

Publié dans #nivo-météo

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Publié le 21 Janvier 2023

Trois jours de grand froid ! On ne va pas s'en plaindre mais peut-être qu'on est de moins en moins habitué alors ça pique !
Jeudi : direction le Haut-Bréda. Ambiance magnifique mais toute la partie forestière est inskiable sous 1600 mètres car il n'y a pas assez de neige et les cinquante centimètres en place sont trop légers. Les skis touchent le fond. Il faudra ruser et revenir par des pistes forestières. En haut, c'est tout bon en cherchant les coins qui n'ont pas subi les assauts du vent. Je n'avais pas prévu de sortir si haut un tel couloir mais tenter de retrouver le lièvre variable qui venait juste de la gravir est motivant, d'autant qu'il semblerait que la pente ait purgé avant les derniers quarante centimètres de la veille.
Vendredi : avec David (qui tracera toute la montée sans qu'on puisse le rattraper) et Lolo, direction la cime du Sambuis sur le versant est de Belledonne. Final plein vent ; montée en doudoune. Abo ! Neige excellentissime. Variante dans les couloirs nord et retour en poussant dans le vallon du Tepey non tracé. Incroyable !
Samedi : première sortie de ski de piste avec les filles. On en aura bien profité (10 km de D-) mais on aura aussi bien pris froid avec -20°C au sommet des pistes de Valloire-Valmeinier !! La pause midi dans un petit restau surchauffé avec le soleil qui tape derrière la vitre sera le salut après une matinée d'enfer. Seule la fin de session nous refroidira à nouveau avec un voile qui s'invite dans le ciel vers 15h.

La forêt a revêtu son manteau d'hiver
La forêt a revêtu son manteau d'hiver
La forêt a revêtu son manteau d'hiver
La forêt a revêtu son manteau d'hiver
La forêt a revêtu son manteau d'hiver

La forêt a revêtu son manteau d'hiver

Le lièvre et son couloir
Le lièvre et son couloir

Le lièvre et son couloir

Fin de partie

Fin de partie

Bien froid à Mont Rond
Bien froid à Mont Rond

Bien froid à Mont Rond

Du ski comme on l'aime (Sambuis)
Du ski comme on l'aime (Sambuis)
Du ski comme on l'aime (Sambuis)
Du ski comme on l'aime (Sambuis)
Du ski comme on l'aime (Sambuis)
Du ski comme on l'aime (Sambuis)
Du ski comme on l'aime (Sambuis)

Du ski comme on l'aime (Sambuis)

Valloire - Valmeinier
Valloire - Valmeinier

Valloire - Valmeinier

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Rédigé par lta38

Publié dans #Belledonne, #ski-glisse

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Publié le 17 Janvier 2023

C'est une drôle d'idée quand on est skieur. Et pourtant, cela m'arrive parfois. Détestant les raquettes, je choisis le ski dès que la couche au sol est suffisante. En revanche, lorsque les quantités sont insuffisantes pour le ski, je préfère m'enfoncer un peu à pied que marcher en canard avec des raquettes. Surtout quand la neige est légère. Une paire de baskets et une bonne protection par-dessus et zou, c'est parti.

Les vingt centimètres tombés en moyenne montagne, sur rien en forêt et sur une croûte de regel en terrain découvert étaient tout à fait adaptés à ce mode déplacement en ce jour maussade. Pas d'arrêt pour ne pas se refroidir ; juste une sorte de footing dans la forêt, sans bruit sous la neige qui tombe, et avec un beau coucher de soleil totalement inattendu au retour !

Boucle du crêt du Poulet depuis le virage 1200 du Barioz : montée par les Tavernes, descente par la croupe nord. Exactement le même circuit que ce jour-là.

Vers le lac des Tavernes
Vers le lac des Tavernes
Vers le lac des Tavernes
Vers le lac des Tavernes

Vers le lac des Tavernes

Coucher de soleil au col du Barioz

Coucher de soleil au col du Barioz

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Rédigé par lta38

Publié dans #Belledonne, #balade, #paysages

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Publié le 16 Janvier 2023

Les schémas habituels ne sont pas toujours vérifiés et il faut le dire quand c'est le cas. On sait déjà que les massifs isérois sont les plus soumis des Alpes aux coups de redoux de par leur position très à l'ouest. Régulièrement, la pluie remplace la neige jusqu'à haute altitude alors qu'il neige dans les Savoie ou dans les Alpes du sud à même altitude. Mais sur l'ensemble de la saison, cet inconvénient est largement compensé par la fréquence et l'activité des vrais épisodes neigeux. Le témoin demeure les cumuls sur l'ensemble de l'hiver et ce qu'il reste au printemps : c'est très souvent en Belledonne qu'on skie à plus basse altitude en fin de saison.

Noël aura confirmé le premier constat. Mais cette mi-janvier témoigne d'un autre phénomène plutôt rarissime : les perturbations neigeuses de ces quatre derniers jours ont relativement épargné les massifs de l'Isère. Alors qu'il est tombé autour de 40 cm de neige par exemple en Beaufortain vers 1200 m, le Taillefer et le Vercors n'ont pratiquement rien reçu. Quant à la Chartreuse et Belledonne, ils ont péniblement pris 15 cm en moyenne.

Plus haut, vers 1500 m, limite "raisonnable" pour espérer skier confortablement, la couche reste insuffisante dès qu'on se situe en zone boisée. En résumé, sous 2000 mètres, on peut considérer les massifs isérois comme les moins bien lotis cette année et donc, les grands perdants de ces dernières précipitations. Le pire reste le Vercors et le Taillefer où globalement, c'est très peu skiable. Ainsi que la Chartreuse qui est à proscrire compte tenu de son altitude et de la densité de ses forêts. Le meilleur est sans doute Belledonne nord, sans toutefois pouvoir rivaliser avec Aravis, Beaufortain ou Mont-Blanc.

Deux petites sorties pour faire le bilan : Sept-Laux (lundi, rien vu > 2000 m ; tempête, le peu de neige qui tombe est sublimée par le vent) ; Collet-d'Allevard (mardi, très bonnes conditions hors forêt entre 1500 et 2000 m mais il n'en faudrait pas moins).

7L jour blanc

7L jour blanc

Collet bonne visite

Collet bonne visite

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Rédigé par lta38

Publié dans #Belledonne, #ski-glisse

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Publié le 14 Janvier 2023

Après moult hésitations, un seul jour de beau dans le week-end et pas la grand bleu. Nous resterons à proximité. La neige faisant encore bien défaut en-dessous de 2000 mètres, nous optons pour un départ mécanique avec le forfait randonneur des Sept-Laux. En partant vers 10h du sommet du TSD Gypaète (2380 m), nous resterons en altitude sur la majeure partie du tour.

1- Montée à la dent du Par en passant par la cime de la Jasse, tout le long par les arêtes en crampons. Trace à faire, parfois profonde mais peu pénible car le fond est bien ferme. Superbe ambiance avec rafales de vent de sud !
2- Descente sud-est de la dent du Pra : très bonnes conditions de neige (poudre tassée)
3- Montée au col de la Vache. Hyper dépaysant, trace à faire. L'occasion de passer au pied de Barbarossas, ouverte l'automne dernier. La face est sèche, prouvant sa raideur. A grimper aussi par anticyclone d'hiver (plein sud) !
4- Descente sur le lac du Cos. Dépaysant, bonne neige.
5- Remontée aux Ilettes. Là encore, c'est beau, sauvage et aucune trace.
6- Descente ouest. Cette fois, il y a quelques traces mais personne n'est allé en rive gauche de la face. Bonne neige encore.
7- Montée à la Belle Etoile par le couloir sud. Passe tout en peaux. Plein vent au col. Obligé de mettre les crampons pour un passage glacé de cinq mètres.
8- Descente Belle Etoile classique nord-ouest. Tracée mais de la place en rive droite. Neige variable, poudre, parfois petite croûte de vent mais ça skie bien avec 98 au patin.
9- Traversée de l'Evêque (courte remontée de 50 m) afin de revenir par le bas des vallons du Pra plutôt que par l'itinéraire classique qui traverse vernes et ruisseaux, obligeant probablement à déchausser compte tenu de l'enneigement minimaliste à 1700 m d'altitude. Descente jusqu'au Pleynet par la piste non ouverte, tout juste assez enneigée.
10- Retour par les pistes et le TSF Pincerie.

​​​​​​​Un super tour avec Cécile, en attendant la neige.

Sur les arêtes

Sur les arêtes

dent du Pra sud-est

dent du Pra sud-est

Au pied de Barbarossas

Au pied de Barbarossas

Montée aux Ilettes versant est, face au chaînon du rocher Blanc

Montée aux Ilettes versant est, face au chaînon du rocher Blanc

Ilettes face ouest

Ilettes face ouest

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Rédigé par lta38

Publié dans #Belledonne, #ski-glisse

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