Trois vols...

Publié le 29 Mai 2015

Soirée "habituelle" du jeudi after taf. Cette fois, c'est grand beau et lumière digne des plus purs flux de nord. Nous partons pour le Vercors. Nous avions déjà fait de cette façon (i.e. le soir après le boulot en mode light avec juste 50m de corde à simple Joker et un jeu de dégaines Ange Petzl) King Kong et PGHR au ranc des Agnelons.

Retour sur cette soirée hors du commun.

Il est 17h05 précises lorsqu'on commence la marche d'approche en direction de la face ouest où se situe la voie désirée. 

Du bleu, du gris et du vert

Du bleu, du gris et du vert

Après une petite pause à admirer les parapentes (le premier "vol" de la soirée) s'équiper et déposer un sac à dos avec le surplus d'affaires, ainsi que d'une petite collation, on rejoint l'attaque. 

Ca vole !

Ca vole !

On va se régaler du début à la fin dans cette voie tout juste terminée d'être équipée par Philippe Gay et Stéphane Wallon. Attaque à 18h30.

Dans L2 en 6c, Candice, en tête, vole au premier essai mais passe au suivant. Longueur majeure. C'est le deuxième "vol" de la soirée.

L2 = 6c

L2 = 6c

Arrivée au R3. Panorama somptueux

Arrivée au R3. Panorama somptueux

L4. La lumière jaunit

L4. La lumière jaunit

L5 de plus en plus jaune

L5 de plus en plus jaune

Quel décor !

Quel décor !

L6 : sublimissime !

L6 : sublimissime !

Il est 21h15. Le soleil se couche au moment même où Candice touche le relais. On plie et on attaque la descente jusqu'au sac déposé au pied de la paroi. 
Et le troisième vol allez-vous me dire ? (c'est bien vous avez bien lu le titre et le corps de l'article). On y vient. Une fois au sac, on prend le temps de se restaurer avant de rentrer. Il est quasi 22h lorsque nous repartons sur une sente raide mais sans aucune difficulté, parcourue à la montée quatre heures plus tôt. Un exercice effectuée des dizaines de fois. Un jeu d'enfant. Et nous avons tous le matériel adapté dont les lampes frontales.

Nous sommes encore en pente douce et la sente très étroite, est jalonnée de mottes de terre et d'herbe. "Il faut quand même faire gaffe avec ses mottes, il y a de quoi se tordre une cheville ce serait con". Voici la phrase que je prononce à haute voix à 22h03. Candice s'emballe sur une portion "roulante" et soudain... crac ! Il n'est pas encore 22h04 !

Le verdict est sans appel. Un crac violent, une cheville qui double presque instantanément, une douleur vive, l'impossibilité de poser le pied au sol. On prend le temps de faire le point, de se poser. Il faut passer outre les projets à court terme qui s'envolent et réfléchir à la solution pour le retour à la maison. Le problème, c'est la douleur qui empêche le moindre appui même superficiel du pied gauche. Le 1 août dernier, lors de mon entorse assez sérieuse, je n'avais pas trop mal et, en faisant attention de bien poser le pied à plat, j'avais pu rentrer tout seul. Mais là... Porter la victime ne m'est pas possible. Je précise tout de suite pour ne pas me faire lapider que ce n'est pas le poids de Candice qui est en cause mais mon petit gabarit, ajouté à la raideur de la sente de descente et du dénivelé qui reste à faire (700 m !).

Décidés à nous débrouiller, nous commençons à descendre avec aide latérale. Le hic, c'est qu'elle ne peut se déplacer qu'à cloche-pied. Rapidement, on prend la mesure de la galère que cela va être, ainsi que l'aggravation de la blessure à chaque déséquilibre et il y en aura forcément plusieurs. Cerise sur le gâteau (ou plutôt goutte d'eau faisant déborder le vase), le mobile ne passe plus alors que 50 m plus haut, sur la crête, ce n'était pas le cas. On se résigne à déclencher les secours.

23h15. L'oiseau de fer débarque avec ses deux secouristes. Candice est rapidement prête, la jambe bien protégée dans un épais matelas gonflable, pour le troisième (et dernier) vol de la soirée. Le sauvatage a été rapide. Après une localisation précise et rapide, (les connaisseurs se rappelleront que bibi était surnommé "IGN" par les amis de ses premières courses) quelques signaux de lampe conventionnels (6 signaux puis pause), le tour est joué. Nous saluons une fois de plus le professionalisme des secouristes.

Pour finir l'histoire : le "valide" refuse l'héliportage et finit seul la descente afin de boucler la course et récupérer les véhicules sans problème logistique.

Candice, j'espère que tu reviendras vite sur les parois !

Analyse quelques jours après : il n'y a pas eu d'erreur compte tenu de la situation. Personne n'est à l'abri de ce genre d'accident. Nous avons bien fait d'appeler. On peut se poser la question de faire des sorties de fin de journée avec, à chaque fois, un timing limité. Au moindre pépin, il faudra gérer la nuit. Mais c'est aussi ce qui pimente notre activité, ce qui nous fait nous sentir vivant. Nous avons l'expérience suffisante pour ce genre d'entreprise mais restons des hommes avec leurs faiblesses.

Si cela était arrivé de jour, peut-être aurions nous tenté la descente. Mais il est fort probable, si on n'avait pas abandonné, que cela aurait aggravé la blessure de Candice. Alors... au diable l'égo.

Nous travaillons, payons des impôts, ne profitons pas du système... me semble-t-il. La dernière fois (pour moi), l'hélicoptère avait peut-être sauvé Serge en pleine hypothermie suite à l'avalanche du 30 octobre 2003, après notre sauvetage. Douze ans plus tard, nous avons de nouveau recours à lui. Nous remercions encore les secouristes, la France qui bénéficie d'un système de santé parmi les meilleurs du monde mais pas Joël Giraud, député haut-alpin qui, de par son discours, remet en question la gratuité des secours. Comme si ceux-ci ne pouvaient être réservés qu'aux riches ? Imaginez une cordée en détresse en paroi, ne disposant pas d'une grosse épargne et hésitant à appeler. Et finalement le faisant une fois la situation aggravée, une fois sentant le pire approcher... peut-être trop tard ? Est-ce cela que l'on veut en France ? Alors qu'on assiste de plus en plus les gens, qu'on les canalise...

Nous ne sommes pas des inconscients. Nous aimons la vie et personnellement, j'essaie de le faire partager via ce blog. Ce genre de soirée (sans incident évidemment), guérit de tous les maux, ou presque.

Ce soir, nous avons déclenché les secours pour une entorse. Nous l'assumons. Longue vie au secours en montagne gratuit.

Le choc est brutal. La cheville double de volume en trois minutes. La douleur est intense. Elle ne peut absolument pas poser le pied au sol. On se pose, on regarde, on se repose, on attend, on réfléchit. Il faut passer outre les projets à court terme qui tombe à l'eau et trouver une solution pour descendre. Evidemment, by fair means. Sauf qu'il reste la bagatelle de 700 m de dénivelé en sente raide et étroite. Je ne pourrai pas la porter sur mon dos du haut de mes pauvres 63 kg même en abandonnant les sacs à dos sous un sapin. On commence la descente avec aide latérale mais le problème c'est que le pied ne peut absolument pas être bougé et on a rien pour immobiliser. Et en plus, après 50 m de dénivelés horribles versant Chaulange, on n'a plus de réseau mobile.Il est 21h15. Le soleil se couche au moment même où Candice touche le relais. On plie et on attaque la descente jusqu'au sac déposé au pied de la paroi. Et le troisième vol allez-vous me dire ? (c'est bien vous avez bien lu le titre et le corps de l'article). On y vient. Il est quasi 22h lorsque nous attaquons la descente sur une sente raide mais sans aucune difficulté, parcourue à la montée quatre heures plus tôt. Un exercice effectuée des dizaines de fois. Un jeu d'enfant. Et nous avons tous le matériel adapté dont les lampes frontales.

Nous sommes encore sur le plateau en pente douce et la sente très étroite, est jalonnée de mottes de terre et d'herbe. "Il faut quand même faire gaffe avec ses mottes, il y a de quoi se tordre une cheville ce serait con". Voici la phrase que je prononce à haute voix à 22h03. Candice s'emballe sur une portion "roulante" et soudain... crac ! Il n'est pas encore 22h04 !

Le choc est brutal. La cheville double de volume en trois minutes. La douleur est intense. Elle ne peut absolument pas poser le pied au sol. On se pose, on regarde, on se repose, on attend, on réfléchit. Il faut passer outre les projets à court terme qui tombe à l'eau et trouver une solution pour descendre. Evidemment, by fair means. Sauf qu'il reste la bagatelle de 700 m de dénivelé en sente raide et étroite. Je ne pourrai pas la porter sur mon dos du haut de mes pauvres 63 kg même en abandonnant les sacs à dos sous un sapin. On commence la descente avec aide latérale mais le problème c'est que le pied ne peut absolument pas être bougé et on a rien pour immobiliser. Et en plus, après 50 m de dénivelés horribles versant Chaulange, on n'a plus de réseau mobile.

Il est 21h15. Le soleil se couche au moment même où Candice touche le relais. On plie et on attaque la descente jusqu'au sac déposé au pied de la paroi. Et le troisième vol allez-vous me dire ? (c'est bien vous avez bien lu le titre et le corps de l'article). On y vient. Il est quasi 22h lorsque nous attaquons la descente sur une sente raide mais sans aucune difficulté, parcourue à la montée quatre heures plus tôt. Un exercice effectuée des dizaines de fois. Un jeu d'enfant. Et nous avons tous le matériel adapté dont les lampes frontales.

Nous sommes encore sur le plateau en pente douce et la sente très étroite, est jalonnée de mottes de terre et d'herbe. "Il faut quand même faire gaffe avec ses mottes, il y a de quoi se tordre une cheville ce serait con". Voici la phrase que je prononce à haute voix à 22h03. Candice s'emballe sur une portion "roulante" et soudain... crac ! Il n'est pas encore 22h04 !

Le choc est brutal. La cheville double de volume en trois minutes. La douleur est intense. Elle ne peut absolument pas poser le pied au sol. On se pose, on regarde, on se repose, on attend, on réfléchit. Il faut passer outre les projets à court terme qui tombe à l'eau et trouver une solution pour descendre. Evidemment, by fair means. Sauf qu'il reste la bagatelle de 700 m de dénivelé en sente raide et étroite. Je ne pourrai pas la porter sur mon dos du haut de mes pauvres 63 kg même en abandonnant les sacs à dos sous un sapin. On commence la descente avec aide latérale mais le problème c'est que le pied ne peut absolument pas être bougé et on a rien pour immobiliser. Et en plus, après 50 m de dénivelés horribles versant Chaulange, on n'a plus de réseau mobile.

Rédigé par lta38

Publié dans #escalade-alpi

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genepis 04/06/2015 10:10

Bonjour,

Effectivement l'appel des secours, même si ce n'est jamais évident (enfin pour les gens à peu près responsables) était dans votre cas nécessaire. En lisant votre blog quotidiennement je n'ai eu aucun doute sur le bien fondé de votre appel !
Pour l'anecdote j'ai eu un jour aussi beaucoup de mal à appeler les secours (ma fille s'était cassée le tibia sur une piste de ski !)
Bonne continuation et merci de mettre aussi souvent à jour votre blog !

lta38 05/06/2015 17:30

Merci pour votre message de soutien. Par contre, sur la piste, mieux vaut être assuré parce que là, ce sont des privés qui interviennent en premier lieu et la note est vite salée. Au plaisir de se croiser.

Julien Forissier 02/06/2015 23:25

Salut Lionel.

Comme je te le disais sur FB, à mon avis il y a vraiment pas de quoi se poser de question sur ce secours. La décision était la bonne.
Une cheville, c'est suffisamment précieux et même si ce n'est pas de l'urgence vitale, c'est en revanche un sacré handicap si c'est mal soigné ! Surtout pour une jeune femme sportive.

Si on veut parler du coût, il faut réfléchir au problème dans son ensemble en fait. OK l'hélico est venu. A cette heure ci, il devait pas être bien occupé, et cela a du leur prendre 10 minutes de vol aller et idem au retour. A 1500€ l'heure de vol ça ne fait que 500€. Je mets de coté le coût des "hommes"

Si ta collègue avait pris le risque de descendre par ses propres et s'était aggravé son entorse, nécessitant une opération lourde, combien cela aurait couté ?
Peut-être bien plus ! Quand tu vois le coût d'une heure de bloc opératoire, ça fait relativiser l'heure d'hélico.

Quand je me suis crashé l'an passé en parapente j'ai de suite réfléchi. Je me suis relevé direct, le poignet bleu (cassé), avec une cheville très douloureuse. Je pouvais marcher en faisant très gaffe et en boitant. Le GPS (merci la carto IGN sur le téléphone) m'a indiqué que la zone où j'étais, était pas mal desservi en piste forestière. J'avais en plus du téléphone, la radio VHF. Les collègues n'ont pas eu de mal à me trouver après 1h d'attente.

En revanche l'an passé, un collègue s'était aussi vautré à Millau. Mal au dos, il ne s'est pas relevé et a appelé les secours directos avec son téléphone. Les parapentistes l'ont d'ailleurs toujours à porté de bras dans une poche de la sellette. Cela permet de téléphoner sans avoir à se relever en cas de douleurs dorsales.

Si j'avais eu le même accident dans le Vercors, sans accès en véhicule, je ne serais pas descendu à pied, j'aurais appelé aussi l'hélico. Je boitais trop.

Bon rétablissement ! En tout cas, la voie est superbe tout comme tes photos !

lta38 05/06/2015 17:29

Merci Julien pour ton message. Effectivement j'avais laissé de côté le coût supplémentaire de santé pour Candice si on avait tenté de redescendre. Et aujourd'hui, compte tenu de son état encore bien mal en point, je n'ai plus l'ombre d'un doute sur la nécessité de ce secours aérien.