Skylines de Belledonne : l'aboutissement

Publié le 23 Juillet 2017

Il y a dix ans, je me lançais dans l'écriture d'un topo d'escalade sur le massif de Belledonne. Paru en 2010, Belledonne Escalade aux éditions VTopo grâce à l'excellent travail de montage de Cédric, se voulait être une compilation de l'activité "grimpe" dans ce massif a priori peu propice. Au final, des voies équipées, d'autres en terrain traditionnel mais aussi des arêtes pratiquées régulièrement. Pour aller un peu plus loin, outre une petite sélection de randonnées un peu insolites pour découvrir le massif, je tenais à chercher des itinéraires à mi-chemin entre la randonnée et l'escalade, essentiellement des arêtes ne dépassant pas le 3 (parfois le 4) et sur de courts passages.

Ces skyline m'ont apporté beaucoup de plaisir. J'ai découvert une richesse insoupçonnée de ce massif malgré parfois de sacrées bouses peu recommandables. Toujours ce rocher lichéneux amovible made in Belledonne duquel j'ai fait fait ma spécialité. On apprend ; on s'y habitue et on finit par aimer et y être efficace.

Toujours en 2007, je voulais marquer ce projet par longue une traversée d'arêtes. Parti à dix heures du matin du Gleyzin, j'avais enchaîné les crêtes de Berlanches, du Vay, des Grandes Lanches, la pointe du Gleyzin, le Charmet de l'Aiguille (tout cela non sans mal en raison du brouillard qui avait compliqué la navigation et surtout l'anticipation), la pointe de Comberousse, finissant au coucher du soleil à la Porte d'Eglise par un magnifique bivouac. L'idée était de boucler le tour en vingt-quatre heures mais il avait fallu se rendre à l'évidence : ce fut plus long que prévu. Entre les erreurs d'itinéraire et le poids du sac avec le matériel de bivouac, je n'étais encore pas assez expérimenté. Le lendemain, plutôt que de poursuivre par les arêtes j'avais bouclé par les Trois Laux puis le passage de Tigneux. Cette traversée fut bouclée en 2015 en faisant dans l'autre sens la section croix du Léat -> Comberousse par toutes les crêtes de Tigneux et un ou deux passages pas piqués de vers en terme d'engagement (entendez par là, grimpe sur du rocher délicat en solo).

J'en ai fait de nombreuses ces dix dernières années, notamment l'arête ouest des portes de l'Eglise, celle du rocher d'Arguille (un must dans le genre), les petites arêtes du Mouchillon (devenues relativement classiques), toutes les arêtes entre le col de la Vache et la cime de la Jasse, le tour royal de Vénetier (dément !! à coup sûr sur le podium et certainement le plus grand pourcentage de bon caillou), le bouzin du pic de la Pierre au rocher de l'Homme puis vers Roche Rousse ou encore, pour ne citer que ceux-là, celui que j'avais qualifié (au jour de sa réalisation) comme "le plus beau" : le tour complet du Doménon avec dix sommets à la clé, terminé à la nuit noire après une matinée de boulot.

La récente reconnaissance en solo des arêtes entre la Croix et le Grand Pic de Belledonne a rendu possible ce projet de tour complet du lac Blanc par les arêtes. Pourquoi cette skyline est-elle au final "la plus belle" de Belledonne dans le style de ces chevauchées aériennes réalisables à la (demie-)journée ? Car la beauté reste un paramètre subjectif. Certes. Et (voir supra), le meilleur ratio bon/mauvais caillou est au Vénétier grâce à la traversée du Pin (et une suite pas si moche). Mais ici, on a d'abord le plus beau lac du massif (le lac Blanc donc). Ah mince, c'est encore un critère subjectif. Alors venons-en à l'objectivité. Cette traversée permet de fouler douze vrais sommets dont parmi les plus emblématiques du massif (Grande Lance, Croix, Grand Pic, Homme). Elle "récupère" au passage la traversée des trois pics reconnue comme étant une des (la ?) plus esthétiques du massif et sans doute la plus parcourue. Elle foule le point culminant des randonneurs (la croix) et le point culminant tout court.

Au niveau des chiffres, en partant de pré Comté, on tourne autour des 2800 m de dénivelé dont plus de 1600 sur les arêtes. 25 kilomètres (seulement) dont 15 sur les arêtes. Et cette fois, on a (presque) réussi à tenir le rythme de 3 km/h sur l'ensemble de la course en progression (environ 45 minutes de pauses cumulées sur l'ensemble de la course soit 8h30 de progression et - donc - 9h15 au total). Je n'en demandais pas tant si bien que je suis le premier surpris d'être à 12h30 au sommet du Grand Pic après un départ de la voiture à 7h30. Il faut dire qu'avec l'ami François (Kern), on n'est pas là pour acheter du terrain (ça tombe bien, il n'y a pas grand chose de solide pour y construire une quelconque bâtisse). Heureusement que l'animal sortait d'une grippe. Cela m'a permis de passer à ses yeux pour quelqu'un qui ne marche pas trop mal malgré son âge qui avance d'un an chaque année. Côté technique, il faut compter sur un ensemble "d'escalade" en 2 (mais du vrai 2, pas le 2 qu'on vous annonce sur les topos dans les portions de jonction des grandes voies alors qu'il s'agit de la marche ou presque) et des passages de 3 réguliers : un au départ de la PLD, un au départ de la GLD, 100 m soutenus dans le pilier ouest des Rochers Rouges, tout le long de la traversée Croix - Grand Pic (avec trois passages de 4b à 5a rappelés), puis encore sur Roche Rousse et Roche Noire. Les deux derniers sommets (Homme + Excellences) sont de la randonnée niveau "supérieur". 4 rappels en tout (10 mètres chacun : 3 pour s'affranchir des sections raides du pic Central en désescalade donc + 1 après le col de la Balmette dans un ressaut mixte 3/herbe vertical sur un bloc bien péteux - n'est-ce pas François ?). Ah oui, j'oubliais. Les douze sommets chevauchés sont, dans l'ordre d'apparition : Petite Lance de Domène (2596 m) ; Grande Lance de Domène (2790 m) ; pic Couttet (2764 m) ; Rochers Rouges (2823 m) ; Croix de Belledonne (2926 m) ; Pic Central de Belledonne (2945 m) ; Grand Pic de Belledonne (2977 m) ; Pic Lamartine (2752 m - celui de la crête, pas le pic "décalé versant Allemond) ; Roche Rousse (2753 m) ; Roche Noire (2726 m) ; Rocher de l'Homme (2770 m environ - le vrai sommet n'est pas côté sur IGN) ; Pointe des Excellences (2638 m).

Et le plus important : on s'est régalés ! Un grand merci à François pour sa bonne humeur et son humour à toute heure. Et à Belledonne pour nous offrir ce formidable terrain de jeu. Un aboutissement personnel de l'expérience acquise lors de ces dix années à "courir" les arêtes de la chaîne.

Départ de l'arête menant à la PLD

Départ de l'arête menant à la PLD

Grosse ambiance sur la PLD. Ces nuages rendent l'affaire encore plus belle

Grosse ambiance sur la PLD. Ces nuages rendent l'affaire encore plus belle

Sur l'arête de la PLD

Sur l'arête de la PLD

Arrivée au sommet de la GLD

Arrivée au sommet de la GLD

Plongée sur le pilier ouest des rochers Rouges, sans doute le morceau le plus grimpant de l'ensemble

Plongée sur le pilier ouest des rochers Rouges, sans doute le morceau le plus grimpant de l'ensemble

Vue sur la croix (de Belledonne) et la brèche Duhamel dans laquelle descend François, depuis la remontée au pic Central

Vue sur la croix (de Belledonne) et la brèche Duhamel dans laquelle descend François, depuis la remontée au pic Central

Pic central de Belledonne

Pic central de Belledonne

Section pic Central - brèche Reynier. A coup sûr la plus aérienne, la plus belle et la plus difficile si on ne tire pas les (trois petits) rappels. En fait, les deux premiers permettent de s'affranchir de deux fois un pas vertical de deux mètres en 4. Le troisième évite le petit surplomb (5a probablement) le plus dur de tout l'ensemble.

Section pic Central - brèche Reynier. A coup sûr la plus aérienne, la plus belle et la plus difficile si on ne tire pas les (trois petits) rappels. En fait, les deux premiers permettent de s'affranchir de deux fois un pas vertical de deux mètres en 4. Le troisième évite le petit surplomb (5a probablement) le plus dur de tout l'ensemble.

Remontée au Grand Pic par le couloir sud-est. Magnifiques jeux de nuages

Remontée au Grand Pic par le couloir sud-est. Magnifiques jeux de nuages

Sommet du Grand Pic. Une bonne chose de faite. Mais il en reste.

Sommet du Grand Pic. Une bonne chose de faite. Mais il en reste.

François nous décrit le tas de cailloux d'où l'on descend

François nous décrit le tas de cailloux d'où l'on descend

Pic Lamartine. Deux sommets. Le sommet de la crête (d'où est prise la photo) et le pic proprement dit (sur la photo), décalé de la ligne et sur le versant Allemond.

Pic Lamartine. Deux sommets. Le sommet de la crête (d'où est prise la photo) et le pic proprement dit (sur la photo), décalé de la ligne et sur le versant Allemond.

Le méconnu petit lac de Roche Rousse (tout proche de la crête)

Le méconnu petit lac de Roche Rousse (tout proche de la crête)

Roche Rousse. La splendide dalle sommitale

Roche Rousse. La splendide dalle sommitale

La dalle de Roche Rousse dans l'autre sens

La dalle de Roche Rousse dans l'autre sens

Roche Noire : la dalle sommitale (moins grande que celle de Roche Rousse) du sommet sud. Tout au fond à droite : les lances de Domène qui ont inauguré la skyline

Roche Noire : la dalle sommitale (moins grande que celle de Roche Rousse) du sommet sud. Tout au fond à droite : les lances de Domène qui ont inauguré la skyline

Le dièdre (3c) en bon rocher (rare sur cette section) à désescalader après la dalle de roche Noire

Le dièdre (3c) en bon rocher (rare sur cette section) à désescalader après la dalle de roche Noire

Après le rocher de l'Homme, descente de la pointe des Excellences. Le tour est bouclé. On s'affale quelques instants en contemplant la chevauchée avant de descendre sur le lac Blanc et la vallée

Après le rocher de l'Homme, descente de la pointe des Excellences. Le tour est bouclé. On s'affale quelques instants en contemplant la chevauchée avant de descendre sur le lac Blanc et la vallée

En bleu, l'accès montée. En jaune, le retour. En rouge, les arêtes bien sûr !

En bleu, l'accès montée. En jaune, le retour. En rouge, les arêtes bien sûr !

Rédigé par lta38

Publié dans #escalade-alpi

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